vendredi 5 février 2021

Le veau qui naquit d’une femme, et sa fin tragique dans les eaux du Rhône

 

Aujourd’hui, je vous convie à la lecture d’un court opuscule (16 pages) imprimé à Paris en 1609 et intitulé Miracle arrivé dans la ville de Genève en ceste année 1609. D’une femme qui a faict un veau, à cause du mespris de la puissance de Dieu, & de Madame saincte Marguerite. Vous pouvez le lire intégralement numérisé ici : https://archive.org/details/BIUSante_79169x06

Avec un titre aussi long pour un ouvrage aussi court, vous avez pratiquement tout le contenu du livre résumé dans le titre ! Creusons tout de même un peu…

Ce texte est écrit dans le contexte des guerres de religion. L’histoire se passe à Genève, l’un des bastions du protestantisme. Une femme enceinte est depuis onze jours en travail d’accouchement. Toutes les femmes du voisinage sont venues l’assister et la sage-femme demande à une femme catholique qui se trouvait là par hasard ce que faisaient les catholiques en ce cas. Cette dernière recommande entre autres de prier sainte Marguerite. La parturiente, protestante pur jus, s’indigne et jure qu’elle préférerait donner naissance à un veau plutôt que de prier sainte Marguerite ! Hélas, c’est ce qui arrive !

Ce qui est amusant, c’est que j’ai croisé deux fois cette histoire :

— La première fois, quand je faisais mon mémoire de master sur le dragon de sainte Marguerite (vous trouverez de nombreux articles à ce sujet sur ce blog). La vierge martyre sainte Marguerite a été avalée par un dragon et en est ressortie vivante en crevant le ventre du dragon à l’aide d’une croix miraculeusement apparue dans ses mains alors qu’elle priait au moment d’être avalée. La comparaison évidente d’un corps sortant indemne d’un autre corps, mais aussi d’autres raisons plus complexes que j’avais étudiées, ont fait de sainte Marguerite la protectrice des accouchements pendant des siècles.

— La deuxième fois, dans le cadre de mes recherches actuelles sur les menstrues au Moyen Âge. En effet, sur la couverture de l’opuscule, sous le titre qui est déjà bien long, apparaît une citation :

« Les femmes souillées de sang enfanteront des Monstres » Esdras, chap. 5.

C’est une citation très célèbre durant tout le Moyen Âge d’un livre biblique que l’on chercherait en vain aujourd’hui, car Protestants et Catholiques l’ont supprimé de leurs listes canoniques et l’ont considéré comme apocryphe ; mais cette suppression date du XVIe siècle et en 1609 on continuait encore à bien connaître ce livre.

Cette phrase est issue d’un texte prophétique dans ce Livre d’Esdras, qui annonce les malheurs qui s’abattront sur l’humanité dans un futur apocalyptique. D’après Ottavia Niccoli (« “Menstruum quasi monstruum” : parti mostruosi e tabu mestruale nel'500 », in Quaderni Storici, vol. 15, n° 44 (2), août 1980, p. 402-428), il semble que la phrase d’origine dans le texte araméen (écrit entre le Ier et le IIIe siècle ap. JC) parlait seulement de « femmes » et que ce soit un scribe latin qui, en traduisant ou en recopiant la phrase, quelque part entre le Ier et le IXe siècle, ait ajouté un mot donnant ainsi en latin « mulieres menstruatae », « les femmes ayant leurs règles », que l’auteur anonyme de notre opuscule traduit par « les femmes souillées de sang ». Conscient ou inconscient, cet ajout est évidemment à comprendre dans le contexte religieux (et en partie médical, mais assez peu, finalement) qui considérait comme impures les femmes menstruées. Il fait écho à des textes de saint Augustin et saint Jérôme abondamment repris au Moyen Âge, prétendant que l’union sexuelle avec une femme menstruée (au sens de « ayant ses règles ») donnait naissance à un enfant malformé, boîteux, aveugle, lépreux, roux (couleur du diable et des menstrues), etc. Le jeu de mots qu’il implique entre « menstrua » (« menstrues ») et « monstra » (« monstres ») aura aussi de beaux jours devant lui tout au long du Moyen Âge et – comme on le voit ici – encore en 1609.

Revenons donc à notre veau ! Il y a bien une naissance monstrueuse dans cette histoire. Et pourtant, il est frappant de constater qu’il n’est aucunement question nulle part du fait que ce fameux veau résulterait d’un coït en période de menstrues ; au contraire, il semble clair que c’était un enfant normal et qu’il s’est transformé en veau au moment même où la femme « impie » a prononcé les paroles malheureuses. Le texte dit en effet, p. 8 (j’adapte en français moderne) : « Car d’un corps formé, d’une âme raisonnable qu’elle avait dans son ventre, elle sent un corps brutal, et à l’instant délivre de celui-ci, à savoir d’un veau, ainsi qu’elle avait souhaité. »

Alors, pourquoi la citation d’Esdras ? Je pense qu’il ne faut pas trop chercher la logique, si ce n’est celle qui consiste à accentuer l’image d’une femme pécheresse.

Le sang est toutefois présent dans la conclusion de l’anecdote, que je trouve vraiment sidérante, encore plus que ce qui précède, qui l’est déjà beaucoup ! En effet, le veau a été jeté dans le Rhône. Et l’auteur du texte affirme que « encore aujourd’hui » (ce qui ne veut pas dire grand-chose, vu que c’est un texte imprimé en 1609 qui relate un événement survenu la même année 1609) on voit surnager à la surface du Rhône des marques de sang de ce veau, que ces marques de sang ne bougent pas, si ce n’est selon l’agitation des flots qui les fait aller deçà delà, mais retournent toujours à leur premier lieu en criant « Vengeance, vengeance ». J’adore ces taches de sang qui crient vengeance ! On ne sait d’ailleurs pas trop contre qui : peut-être est-ce l’âme du pauvre enfant transformé en veau qui réclame vengeance contre sa mère impie… 

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vendredi 22 janvier 2021

Un poème mnémotechnique latin médiéval


Je suis en ce moment plongée dans la lecture de diverses variantes latines et françaises d’un type d’ouvrage qui fleurissait en Europe entre le XIIIe et le XVe siècle et que l’on intitulait « Secrets des femmes » ou « Secrets des dames ». Ce sont en effet ces textes que j’ai choisis comme point de départ de ma recherche sur les menstrues au Moyen Âge – point de départ inversé, puisqu’ils datent de la fin du Moyen Âge et qu’ils vont me permettre de remonter le fil du sujet à travers les siècles précédents.

La version intitulée « Secrets des dames » n’a été éditée qu’en 1880, par Alexandre Colson et Charles-Edmond Cazin, dans une édition lisible en ligne ici :

https://archive.org/details/cesontlessecresd00cols

Dans leur introduction, les auteurs présentent le manuscrit qui leur a servi de base de travail, datant de la fin du XVe siècle, et qui appartenait précisément à l’un d’eux, puisqu’ils l’appellent le manuscrit Colson. Au Moyen Âge, les manuscrits contenaient le plus souvent plusieurs œuvres différentes, et il est toujours intéressant d’observer ces regroupements, qui nous apprennent parfois beaucoup sur le commanditaire ou le destinataire du manuscrit (par exemple, quand je travaillais sur le dragon de sainte Marguerite, j’avais constaté que la Vie de sainte Marguerite pouvait se trouver dans des recueils de Vies de saints, mais aussi dans des recueils de contes profanes mettant en scène une héroïne courageuse).

Le manuscrit Colson est en grande partie consacré à L’inventaire de Chirurgie de Guy de Chauliac (célèbre chirurgien du XIVe siècle). Cet ouvrage est précédé par le petit traité Secrets des dames qui m’intéresse, ainsi que par quelques pages de calendrier. Ces pages contiennent deux curieux petits poèmes mnémotechniques destinés à retrouver la date de Pâques à partir du nombre d’or de l’année.

J’ai à cette occasion découvert la notion de « nombre d’or de l’année » que j’ignorais, et qui est bien expliquée dans cet article :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nombre_d%27or_(astronomie)

« En astronomie, on appelle Nombre d’or le rang d’une année dans le cycle de Méton qui comporte 19 années et permet de faire coïncider, à quelques heures près, cycles lunaires et cycles solaires. Il existe alors 19 Nombres d’or (de 1 à 19) et chaque année possède son Nombre d’or. »

Chacun des deux poèmes est composé de 19 mots latins correspondant aux 19 années du cycle. Pour que la méthode fonctionne, il faut donc d’abord savoir le nombre de l’année qui nous intéresse. Ensuite, dans le premier poème, le nombre de lettres de chaque mot indique le nombre de semaines qu’il y a cette année-là entre le dimanche le plus proche de la Nativité et le dimanche de la Quadragésime ; de là on peut déduire la date du dimanche de Pâques, la Quadragésime tombant le sixième dimanche avant Pâques. Le deuxième poème fonctionne sur le même principe, mais cette fois le nombre de lettres indique l’écart avec le dimanche de la Septuagésime (qui tombe le neuvième dimanche avant Pâques).

Je laisse de côté le deuxième poème, qui ne semble pas toujours avoir un véritable sens, et je m’intéresse au premier, que voici :

Exclamant tristes indumentis spoliati

Lugent penitentes letantur glorificati

Decantant humiles carnalibus evacuati

Carmina despiciunt redimunt scelus edifficati

Menstrua mundifficant

Si vous avez suivi mon explication, donc, cela signifie que si on est une année n°1, il y a 9 semaines (nombre de lettres dans le mot « exclamant ») entre le dimanche suivant la Nativité et celui de la Quadragésime ; une année n°2, il y a 7 semaines (nombre de mots dans « tristes »), et ainsi de suite.

Mais ce qui m’intéresse, bien sûr, c’est le sens de ce poème. En voici donc une traduction personnelle inédite :

Les tristes dépouillés de leurs vêtements s’exclament,

Les repoussés se lamentent, les glorifiés se réjouissent,

Les humbles vidés de leur chair chantent,

Ceux qui sont édifiés moralement méprisent les vers et rachètent le crime,

Les menstrues purifient.

En gros, c’est la vision de l’Humanité au jour du Jugement Dernier, telle qu’on la voit représentée dans de nombreuses œuvres d’art pictural de cette époque. Mais… on peut être étonné de voir les menstrues surgir dans ce tableau ! Dire que les menstrues purifient était un lieu commun médical, puisque le sang menstruel était considéré comme toxique et dangereux pour l’équilibre du corps féminin : les pertes menstruelles permettaient donc une évacuation naturelle et bien utile de ce trop-plein toxique. C’est le genre de mention qui figure fréquemment dans un texte médical, en revanche il est pour le moins curieux de la voir surgir ici en conclusion d’un poème à la tonalité d’apothéose !

Peut-être l’auteur du poème a-t-il voulu se mettre en accord avec les deux ouvrages contenus dans le manuscrit, le Secrets des dames et l’ouvrage de chirurgie. Peut-être cette mention a-t-elle été choisie en raison du caractère régulier du cycle menstruel, en lien avec les autres cycles du calendrier que ce poème mnémotechnique permet de retenir. Peut-être est-ce un trait d’humour d’un scribe fatigué qui ne savait pas comment conclure son poème.

Quoi qu’il en soit, encore une fois, ne venez pas me dire que les menstrues étaient un sujet tabou au Moyen Âge !


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mercredi 6 janvier 2021

Quand les intellectuels médiévaux rationalisaient le péché originel et l'infériorité des femmes

 

Les auteurs des XIIe et XIIIe siècles, qu’ils soient théologiens, juristes canonistes (c’est-à-dire de droit religieux) ou philosophes – et parfois ils sont les trois à la fois – ont la furieuse volonté de mettre de la rationalité dans la religion. C’est l’âge d’or de la scolastique dans les Universités : ces auteurs redécouvrent avec fascination les raisonnements logiques inventés par les Grecs et les Romains et ils tentent de s’appuyer dessus pour démontrer la validité de diverses assertions circulant en milieu chrétien, qu’elles soient issues de la Bible ou d’auteurs chrétiens plus tardifs.

Aujourd’hui, nous séparons religion et science, si bien que ces démarches nous semblent déconcertantes et nous font rire. Il y a pourtant aussi quelque chose de fascinant dans cette volonté de tout rationnaliser… En voici quelques exemples qui m’ont semblé particulièrement savoureux.

 

La transmission de la chair d’Adam

On essaie par exemple de justifier rationnellement la transmission du péché originel depuis Adam. Certains invoquent le domaine du droit en disant que c’est comme un crime de lèse-majesté qui rejaillit sur les enfants du coupable ; d’autres invoquent le domaine de la médecine en expliquant qu’une petite parcelle de la chair d’Adam se détache et se perpétue des parents aux enfants lors de la conception, en se dilatant.

Vous pouvez lire à ce sujet l’excellent article de Charles de Miramon : « Déconstruction et reconstruction du tabou de la femme menstruée (XIIe-XIIIe siècle) », in Kontinuitäten und Zäsuren in der Europäischen Rechtsgeschichte, A. Thier, G. Pfeifer, P. Grzimek (dir.), Francfort-sur-le-Main, Peter Lang, 1999, p. 79-107. (en ligne : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00776036/document)



Comment admettre la supériorité du corps des femmes tout en affirmant leur infériorité

Autre exemple. Albert le Grand (au XIIIe siècle), essaie de résoudre trois situations contradictoires entre elles : 1. Aristote déclare que la femme est un homme imparfait, 2. Les exégètes de la Genèse déclarent que la menstruation est une malédiction imposée à Eve et aux femmes après le péché originel, 3. Albert constate lui-même que les femmes de son époque vivent plus longtemps que les hommes.

Il réussit à bâtir un raisonnement qui les concilie : Aristote a décrit la nature de l’homme et de la femme à l’état de nature, donc avant le péché originel. Au moment du péché originel, Dieu a envoyé la menstruation aux femmes comme malédiction. Mais il se trouve que les menstrues servent à évacuer les impuretés (théorie médicale ici utilisée pour des arguments théologiques). Donc les femmes ont le corps mieux purifié que les hommes, sont en meilleure santé, et vivent par conséquent plus longtemps !

« Per accidens tamen longioris vitae est femina, tum quia minus laborant, propter quod tantum consumuntur, et magis mundificantur, per fluxum menstruorum et etiam minus debitantur per coitum ; ideo magis conservantur. Et istae causae accidentales sunt. »

Albert le Grand, Quaestiones de animalibus in Opera Omnia, éd. Monasterium Westfalorum, 1955, p. 262 :15, q 8

« Par hasard cependant la femme a une vie plus longue, parce qu’elles travaillent moins, à cause de quoi elles sont autant fatiguées, et parce qu’elles sont plus purifiées, par le flux des menstrues, et qu’elles dépensent encore moins par le coït ; c’est pourquoi elles sont mieux conservées. Et ces causes sont dues au hasard »

Traduction Nadia Pla

(s’il vous plaît, ne me faites pas remarquer que je suis passée du singulier « la femme » au pluriel « elles » : c’est Albert le Grand qui fait cela, et c’est une rupture syntaxique tout aussi étonnante en latin qu’en français, c’est pourquoi je l’ai gardée)

Ce que j’aime dans ce texte, c’est l’insistance sur le hasard de cet état de fait, deux fois invoqué, comme si on ne pouvait pas imaginer un seul instant que Dieu eût pu considérer comme une fin en soi de concevoir des êtres humains femelles plus performants que les mâles !



La discrimination des filles à l’état embryonnaire

Je termine avec un texte de Rufin, un juriste de droit canonique du XIIe siècle qui s’interroge sur le fait qu’on interdit traditionnellement l’entrée de l’église durant quarante jours aux femmes ayant accouché d’un garçon, mais durant quatre-vingt-jours si c’est d’une fille…

« Queri solet hic, quare pro partu masculi XL, et pro partu femine duplo, i. e. octoginta diebus, pariens a templi arcebatur ingressu ?

Ad quod respondetur : ideo eam tot diebus reputatam esse immundam nee licentiam ingrediendi templum tunc fuisse indultam, quia – ut physicorum peritia tradidit – masculi coneeptus XL diebus manet informis, femine autem octoginta. Quo spatio arcetur mulier ab ingressu templi tamquam immunda, ut per hoc innuatur quod omnis fetus informis displicet Deo ; sola enim formosa placent Deo – unde sponsus ad sponsam dicit : Amica mea, formosa mea. Sed iuxta hanc considerationem ab introitu templi prohiberi debuerat, cum fetus in utero informis erat, non post partum, cum iam sit formatus et natus. Quod tarnen fit, eo quod nescitur, quo tempore concipiatur, cum in utero illud secretum agitur, ideoque quod [fieri] non potuit eo tempore propter ignorantiam fit eo tempore, quo potest, cum iam scitur : ut scil. post partum mulier illud suppleat, quod secundum ordinem nature ante partum fieri debuerat. »

Rufin, Summa Decretorum, éd. H. Singer, Paderborn, 1902, p. 17.

« On demande couramment pourquoi c’est quarante jours après l’accouchement d’un garçon, et le double, c’est-à-dire quatre-vingt-jours après l’accouchement d’une fille, qu’une femme enceinte doit être écartée de l’entrée dans l’église.

À cela on répond : la raison pour laquelle elle a été considérée comme impure autant de jours et n’a donc pas eu la permission de rentrer librement dans l’église, c’est parce que – comme le rapporte l’expérience des médecins – l’embryon mâle reste informe pendant quarante jours, mais le femelle pendant quatre-vingt. Et durant cet intervalle la femme doit être écartée de l’entrée du temple comme si elle était impure, de sorte qu’on indique par cela que tout fœtus informe déplaît à Dieu ; en effet seules les choses bien formées plaisent à Dieu – C’est pourquoi l’époux dit à l’épouse : Amica mea, formosa mea [Cantique des cantiques : « Mon amie, ma bien formée »]. Mais selon cette considération, il aurait dû lui être interdit d’entrer dans l’église, lorsque le fœtus était informe, et non après l’accouchement, alors qu’il est déjà formé et né. Cela se passe pourtant ainsi parce qu’elle ne sait pas à quel moment il a été conçu, lorsque ce secret s’est mis en branle dans son utérus, et parce que ce qu’elle n’a pas pu à ce moment du fait de son ignorance, elle doit le faire au moment où elle le peut, lorsqu’elle sait désormais : si bien que, évidemment, après l’accouchement la femme supplée ce que selon l’ordre de la nature elle aurait dû faire avant l’accouchement. »

Traduction Nadia Pla

En résumé : normalement, la femme devrait ne pas rentrer dans l’église quand elle est enceinte d’un embryon informe, mais elle ne sait pas la date de la conception (donc quand l’embryon a été conçu) ni le sexe (donc quand l’embryon cesse d’être informe, puisque la durée où il est informe dépend de son sexe). Alors on la laisse finalement entrer dans l’église durant la période de la grossesse ; mais ensuite, elle devra s’abstenir d’y entrer pendant le même nombre de jours qu’elle a porté un embryon informe, donc plus longtemps pour les filles que pour les garçons. CQFD. Ou comment transformer un rituel d’origine inconnue en problème mathématique !

Cependant, aussi étonnant que cela puisse paraître, le raisonnement de Rufin, qui prête plutôt à rire aujourd’hui, est intéressant d’un point de vue historique ou anthropologique. En effet, de nombreux textes de médecins grecs de l’Antiquité, de médecins arabes et occidentaux du Moyen Âge, s’interrogent sur le moment où l’embryon passe du stade « informel » au stade « formel » ou sur le moment où l’embryon « s’anime » (acquiert une âme). La question est importante notamment pour savoir à partir de quel stade un avortement pourrait être considéré comme criminel. Et cette question n’a rien perdu de son acuité aujourd’hui, où elle intervient dans les domaines médical, juridique, religieux, et même linguistique (deux mots en français : « embryon » et « fœtus »). Même si d’un point de vue biologique, nous savons aujourd’hui que le développement s’effectue de manière continue de la conception à la naissance, il est évident que d’un point de vue psychologique, ce n’est pas du tout la même chose de perdre – que ce soit volontaire ou involontaire – un « fœtus » de quelques mois ou un « embryon » de quelques jours… Or la plupart de ces textes de médecine ancienne proposaient un nombre de jours différents chez les garçons ou chez les filles avant que le fœtus soit « formé » ou « animé ». Dans la mesure où aucun élément biologique ne vient étayer l’idée d’une telle différence, il faut vraisemblablement y voir une croyance culturelle qui a déteint sur la médecine, science pratiquée par des hommes naturellement persuadés de la supériorité masculine. Dans ce contexte, il n’est pas absurde d’y voir comme le fait Rufin un lien avec la différence de jours d’abstinence de l’église après l’accouchement d’une fille ou d’un garçon.

La seule différence, c’est que nous y voyons une croyance irrationnelle (religieuse) qui a déteint sur une autre croyance irrationnelle (médicale), alors que Rufin y voyait la preuve rationnelle par la médecine d’un fait religieux avéré…

Revenons au texte de Rufin. De nos jours, on parle parfois de discrimination qui s’instaure dès la naissance, mais vous voyez qu’ici, c’était dès la conception elle-même, au stade d’embryon informe, que les filles accomplissaient des performances deux fois moins efficaces que les garçons ! Et si on veut faire de la psychologie à deux sous, on pourra ajouter que certaines mères s’énervaient peut-être plus sur leurs bébés filles que sur leurs bébés garçons dans les premiers mois, parce que le temps était alors plus long pour elles avant de pouvoir retrouver le cadre apaisant de leur église…



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mercredi 9 décembre 2020

Le charme post-menstruel de Bethsabée


Mes plus fidèles lecteurs se souviennent peut-être, lors de ma « période Stoskopff », de cet article de 2016 que j’avais intitulé « Voyeurisme et femme-poisson ». C’était ici : https://cheminsantiques.blogspot.com/2016/10/voyeurisme-et-femme-poisson-stoskopff.html

Il est temps de revenir sur ce motif de la femme au bain, car qui dit femme au bain, dit toilette féminine, et quand on parle de toilette féminine le sang menstruel n’est jamais loin (même quand on n’en parle pas !) Laissant de côté Artémis et Suzanne, je veux revenir aujourd’hui sur deux de ces célèbres histoires de femmes surprises pendant leur bain, qui ne sont pas sans lien avec la menstruation : celle de Mélusine et celle de Bethsabée.


Le lien de l’histoire de Mélusine avec la menstruation semble évident, puisque, à intervalles réguliers, elle se retire à l’écart de son mari, et que, quand ce dernier transgresse l’interdit et regarde en cachette, il voit que le bas du corps de sa femme a pris une forme monstrueuse. Je reviendrai peut-être plus longuement dans un autre article sur le lien entre Mélusine et la menstruation.


Quant à l’histoire de Bethsabée, l’idée ne m’était même jamais venue à l’esprit qu’elle puisse avoir quelque rapport que ce soit avec la menstruation, jusqu’à ce que je tombe sur une glose médiévale. Petite explication : depuis la fin de l'Antiquité et tout au long du Moyen Âge, des théologiens ont entrepris d'ajouter dans les marges des manuscrits de Bibles en latin (parfois même entre les lignes) un grand nombre de petits commentaires et explications. On regroupe l'ensemble de ces commentaires sous le nom de « glose ». Pour en savoir plus, je vous conseille cet excellent article de Martin Morard : https://big.hypotheses.org/557

Sur le site https://gloss-e.irht.cnrs.fr/index.php, vous avez le texte latin, et toutes les gloses, avec l’indication de leur origine. En y tapant le mot « menstruum », je suis tombée sur ceci.

Un passage situé en II Samuel, 11 : 2 (la glose écrit « II Rg (Rois), 11 : 2 », sans doute une erreur ou un classement différent) raconte la rencontre de David et de Bethsabée : « viditque mulierem se lavantem ex adverso super solarium suum : erat autem mulier pulchra valde. » = « et il vit une femme qui se lavait en face de lui depuis sa terrasse : la femme était très belle. » En-dessous de « mulierem se lavantem », une glose interlinéaire ajoute : « propter fluxum menstruum ut quidam volunt » = « à cause de son flux menstruel, comme certains le prétendent ». Un peu plus loin, au verset 4, le texte biblique poursuit : « Missis itaque David nuntiis tulit eam, que cum ingressa esset ad illum, dormivit cum ea, statimque sanctificata est ab immunditia sua » = « David lui envoya des messagers pour lui ordonner qu’elle vienne le voir, il dormit avec elle, et elle se sanctifia aussitôt de son impureté. » Et la glose précise pour expliquer « immunditia » (impureté) : « id est menstruali effusione » = « c’est-à-dire son écoulement menstruel ».

On ne saura jamais si les hommes qui ont écrit l’histoire de David avaient aussi cette interprétation. Quoi qu’il en soit, elle n’est pas incohérente avec un autre passage de l’Ancien Testament, le Lévitique, qui énumère avec précision certaines règles d’hygiène, et comporte notamment tout un chapitre sur la menstruation. Il y est dit notamment que le coït pendant la période des menstrues est totalement prohibé, et que sept jours après la fin de ses menstrues, après avoir pris un bain purificateur, la femme peut à nouveau avoir une relation sexuelle. Donc si on interprète, comme l'auteur de cette glose, que le bain que prenait Bethsabée quand le roi David l’a aperçue était ce bain purificateur « post-menstruel », cela signifie implicitement qu’elle entrait dans la période de relations sexuelles licites (restait encore la question de l’adultère, mais qui était finalement moins grave au regard de la loi juive que celle du coït pendant les menstrues, et que le roi David régla proprement en envoyant le mari de Bethsabée se faire massacrer dans une bataille).

Et finalement, qui sait si ce n’est pas ce signe explicite d’une disponibilité sexuelle qui a séduit le roi David, bien plus que la beauté ou que la nudité de Bethsabée ?

 

Ajout en août 2024 : Beaucoup de corrections à faire sur ce vieil article. Je n'ai toutefois pas envie de le supprimer, ni de le réécrire de manière plus aboutie. Je signale simplement ici les corrections à y apporter.

 

- Oui, en effet, IIReg (le livre II des Rois) dans la Vulgate correspond à IISam (le livre II de Samuel) dans la version hébraïque. Dans les versions actuelles de la Bible, traduites de l’hébreu, il y a Samuel I et II, puis Rois I et II ; dans la Vulgate, c’est Rois I, II, III, IV.


- Oui, bien sûr, le texte original laissait bien comprendre qu'il s'agissait d'un bain post-menstruel. Il faudrait traduire "elle venait de se sanctifier de son impureté", plutôt que "elle se sanctifia aussitôt de son impureté". C'est ce que je comprends aujourd'hui du texte latin. Mais c'est aussi visiblement bien ce dont il était question dans le texte hébreu original, pour lequel une traduction française fiable propose "elle venait de se purifier de son impureté" (https://mechon-mamre.org/f/ft/ft08b11.htm).

 

- J'avais très mal traduit « Missis itaque David nuntiis tulit eam, que cum ingressa esset ad illum, dormivit cum ea, statimque sanctificata est ab immunditia sua » par « David lui envoya des messagers pour lui ordonner qu’elle vienne le voir, il dormit avec elle, et elle se sanctifia aussitôt de son impureté. » Je propose aujourd'hui comme traduction : "C’est pourquoi, ayant envoyé des messagers, David la prit, et dès qu’elle fut entrée chez lui il coucha avec elle, alors qu’elle venait tout juste d’être sanctifiée de son impureté."


- L'hésitation sur la traduction de ce passage ne date pas d'hier. Voir le comparateur de traductions : https://www.levangile.com/comparateur-bible-10-11-4. Selon les traducteurs, soit on comprend que Bethsabée venait de se purifier de ses menstrues avant de coucher avec David, soit on comprend qu’elle s’est purifiée de l’acte sexuel ou de l’adultère après l’avoir commis avec David, soit la traduction reste vague et peu claire.

 

- Et oui, bien sûr, c'est le signe d'une disponibilité sexuelle qui a séduit David. A ce sujet, voir par exemple :

Jodelet Denise, « Imaginaires érotiques de l'hygiène féminine intime. Approche anthropologique », Connexions, vol. 87, n° 1, 2007, p. 105-127 (p. 113-114).

 Ou, plus généralement sur le thème du bain post-menstruel dans la culture juive notamment au Moyen Âge, voir :

Marienberg Evyatar, Niddah. Lorsque les juifs conceptualisent la menstruation, Paris, Les Belles Lettres, 2003, p. 23-41.


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jeudi 26 novembre 2020

« Bois mes règles ! » : hashtag féministe ou vieille pratique médiévale ?

  

Article publié aujourd'hui sur le blog "Actuel Moyen Âge" :

https://actuelmoyenage.wordpress.com/2020/11/26/bois-mes-regles-hashtag-feministe-ou-vieille-pratique-medievale/


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mercredi 4 novembre 2020

Femmes athlètes dans l'Antiquité grecque

 

« L'épreuve du 100 mètres féminin aux Jeux olympiques de 1928 s'est déroulée les 30 et 31 juillet 1928 au Stade olympique d'Amsterdam, aux Pays-Bas. Il s'agit de la première compétition féminine d'athlétisme disputée lors des Jeux olympiques de l'ère moderne. Elle est remportée par l'Américaine Betty Robinson. » (Page Wikipédia « 100 mètres féminin aux Jeux olympiques d'été de 1928 (athlétisme) », https://fr.wikipedia.org/wiki/100_m%C3%A8tres_f%C3%A9minin_aux_Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1928_(athl%C3%A9tisme)

Qu'en était-il lors des Jeux Olympiques antiques ? Ou plus largement des Jeux panhelléniques, car je rappelle que les Jeux Olympiques n'était qu'une compétition (certes, la plus prestigieuse) parmi de très nombreuses autres dans différentes villes ou sanctuaires de Grèce, où tous les Grecs étaient invités à participer, d'où le terme de « panhéllenique ».


Commençons par un mythe, puisqu'en Grèce antique, tout commence toujours par des mythes. C'est celui d'Atalante. Atalante refusait de se laisser imposer un époux. Comme son père l'y obligeait, elle demanda à n'épouser que celui qui la vaincrait à la course. Pour décourager les candidats, il fut établi que si c'était elle qui était victorieuse, le malheureux serait mis à mort. De nombreux prétendants se présentaient cependant, mais la petite Atalante courait vite, et les dépassait toujours. Hippomène parvint cependant à gagner la course, grâce à un subterfuge suggéré par Aphrodite/Vénus qui lui confia trois pommes d'or à lâcher sur le parcours pour forcer Atalante à s'arrêter pour les ramasser. Il y a quand même un petit côté réducteur pour les femmes dans cette histoire, du genre : même une nana hyper sportive, vous lui mettez devant le nez un truc qui brille, et elle ne peut pas s'empêcher de ralentir, un peu comme si Marie-José Perec allait s'arrêter dans sa course parce qu'on lui signale qu'il y a des promotions chez … [placez ici le nom d'une grande enseigne de prêt-à-porter] !!!

Malgré cette chute un peu réductrice, j'aime cette histoire. Atalante est une fille courageuse, qui tient à sa liberté et qui rabat l'orgueil de tous ces petits mecs qui pensaient la vaincre facilement. Son histoire est superbement racontée par Ovide dans ses Métamophoses (X, v. 560-739). Vous pouvez la lire en latin et en français à cette page :

http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/ovideX/lecture/10.htm

Ovide, le poète de l'amour, ajoute son petit grain de sel à sa version du mythe. Selon lui, si Atalante a cédé, ce n'est pas tant attirée par le bling-bling des pommes en or, mais parce que son cœur se troublait à la vue du courageux et noble jeune homme : elle ne s'avouait pas amoureuse, mais s'émouvait qu'il puisse mourir, et finalement ne se trouva pas mécontente d'être vaincue par lui...


Mais quittons le mythe.

L'essentiel des sources que nous avons sur les événements réels nous vient de Pausanias, un auteur grec tardif (IIe s. ap. JC) qui a écrit une sorte de guide géographique de la Grèce, qui l'amène a faire de petits excursus historiques sur les différents lieux visités.


Il évoque l'interdiction pour les femmes d'assister aux Jeux (Olympiques du moins), et la punition mortelle qui aurait été réservée à celles qui désobéissaient… sauf qu'il précise que cela n'est jamais arrivé… à l'exception d'une seule femme… à qui on a pardonné étant donné les circonstances ! Retenons le nom de cette femme, Kallipateira (ou « Callipatire » si l'on francise son nom) : fille, sœur et mère d'athlètes, elle a aussi été l'entraîneuse de l'un de ses fils et c'est à cette occasion qu'elle a laissé voir son véritable sexe. Voici le texte de Pausanias (V, 6 (7-8)), en grec et en français à cette page :

http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/pausanias_perieg_lv05/lecture/6.htm

Ce que j'aime dans cette histoire, c'est la spontanéité avec laquelle Kallipateira, toute à la joie de la victoire de son fils, oubliant toute prudence, saute la barrière et jette ses vêtements d'homme. On croirait voir des images d'une retransmission d'événement sportif actuel, où un entraîneur ou une entraîneuse saute la barrière délimitant le lieu de l'épreuve, lâche tout ce qu'il ou elle tenait, pour serrer dans ses bras son disciple vainqueur ! En lisant le récit de Pausanias, je crois presque l'entendre hurler sa joie à en perdre la voix !


Voilà pour la place des femmes comme spectatrices ou entraîneuses. Comme participantes, dans un autre passage de son ouvrage, Pausanias évoque, en marge des « Jeux Olympiques » en l'honneur de Zeus, des « Jeux Héréens » (« Héraia ») en l'honneur d'Héra. Vous pouvez lire le texte complet (V, 16 (3)) en grec et en français ici :

http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/pausanias_perieg_lv05/lecture/16.htm

Il dit que lors de la course, les participantes avaient « les cheveux flottants, la tunique abaissée jusqu'au dessous du genou, l'épaule droite toute nue et débarrassée jusqu'au sein. » C'est suffisamment inhabituel de la part de jeunes filles ou de femmes grecques bien élevées pour qu'il le souligne ! Cependant, rien de scandaleux, visiblement, puisque tout cela est en l'honneur d'Héra.


La dernière source que je voudrais évoquer n'est pas textuelle, mais archéologique. C'est donc la plus précieuse puisqu'elle nous livre un fait brut et direct. Il s'agit d'une inscription sur une stèle retrouvée à Delphes et datant du milieu du Ier s. ap. JC. Sa référence dans le corpus des « Fouilles de Delphes » est FD III, 1 : 534. Le texte grec complet est visible ici :

https://inscriptions.packhum.org/text/239224

L'inscription a été commanditée par Hermesianax, un citoyen de Tralles (en Asie Mineure), en l'honneur de ses trois filles, Tryphosa, Hédéa, et Dionysia, victorieuses dans plusieurs compétitions sportives et musicales, lors de différents Jeux panhelléniques. Il n'est pas du tout question des féminins Jeux Héréens, mais des Jeux Pythiques, Isthmiques, Néméens, Sébastéens d'Athènes, Asclépiens d'Epidaure. Cela signifierait-il qu'elles étaient les seules filles à concourir, comme notre mythique Atalante ? Ou bien que ces compétitions sportives comportaient des épreuves réservées aux femmes (finalement comme aujourd'hui, où la plupart des épreuves sportives ne sont pas mixtes) ? Je pencherais pour la deuxième hypothèse, qui semble plus vraisemblable, et qui est étayée par le fait qu'on précise de Tryphosa qu'elle était « la première des filles » et pour Hédéa « la première fille ». On pourrait traduire « catégorie filles ».

Que nous apprend l'inscription sur ses trois demoiselles ? Beaucoup de choses.

- Tryphosa a été la première des filles à remporter trois victoires d'affilée à la course de stade (course à pied) aux Jeux Pythiques et Isthmiques.

- Hédéa a aussi gagné deux courses de stade (je vous épargne à chaque fois la mention des Jeux où avait lieu l'épreuve), une course de chars de guerre en armes, et l'épreuve junior des citharèdes (épreuves musicales et sportives étaient mêlés dans ces Jeux et il était fréquent que le même athlète remporte des prix dans les deux types de disciplines). On apprend enfin qu'elle a été la première de son âge… , puis la première fille… , mais dans les deux cas l'inscription est effacée et on ne sait pas quels sont ces exploits où elle a établi des records.

- Dionysia, malheureusement, sa partie d'inscription est encore plus effacée, mais on sait qu'elle a remporté deux victoires à la course de stade.


Moi, j'ai un faible pour Hédéa. Quelle fille douée !

- Elle concourt dans au moins trois disciplines différentes (dont deux sportives et une musicale ; certes c'était plus habituel chez les Grecs que chez nous, mais imaginez une personne qui serait championne olympique d'athlétisme et qui gagnerait en même temps un prix d'interprétation aux Victoires de la Musique!!!).

- Elle bat des records, au moins deux, même si on ne sait pas de quoi.

- Elle est précoce, puisqu'elle a déjà gagné un prix dans la catégorie junior (mot à mot : « enfants ») et qu'elle a été la première de son âge en quelque chose.

- Et pour finir, moi, ça me perturbe, cette épreuve de chars de guerre en armes ! Je trouve que c'est quand même un truc qui a l'air très viril, non ? Pour cette épreuve-là, j'avoue que j'ai plus de mal à imaginer une épreuve strictement féminine avec toute une troupe de femmes en armes sur des chars de guerre ! Dans le mythe, oui, mais dans la réalité ? Si c'était le cas, alors bravo les Grecs d'avoir permis cela !!! Et si ce n'est pas le cas, cela signifie que notre petite Hédéa était la seule nana casquée et armée sur son char de guerre au milieu des mecs barbus, et alors bravo Hédéa !!!


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Ajout le 18 juillet 2021

J'ai depuis découvert ce fabuleux site consacré aux femmes grecques célèbres : http://chaerephon.e-monsite.com/medias/files/artistes.html

Vous y trouverez, à la rubrique "sportives" :

- le texte sur Kallipateira ("Callipatira"), autrement appelée "Pherenikê", ainsi que d'autres textes la mentionnant, en grec avec la traduction française,

- la stèle des trois sœurs, en grec avec la traduction française,

- le texte d'une stèle qui m'avait échappé sur une autre sportive, Seia Spes, en grec avec la traduction française.

Bonne lecture ! 

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