lundi 7 septembre 2009

Homme-poisson ou petit homme vert?

Dans l'article précédent, j'ai évoqué les deux grandes langues de la Mésopotamie antique, le sumérien et l'akkadien. Le sumérien est la langue la plus ancienne de ce pays. Il n'est plus parlé couramment à partir de 2000 av. JC environ, mais il va rester une langue de culture connue et pratiquée par les érudits jusqu'aux derniers siècles avant notre ère (exactement comme le latin classique dans l'Europe du Moyen Age et des Temps Modernes jusqu'au XIXe s.).

Or, il se trouve que le sumérien n'appartient pas à la grande famille des langues sémitiques, qui regroupe pourtant toutes les autres langues de la Mésopotamie et du Croissant Fertile en général ; pas non plus à la famille des langues indo-européennes, qui regroupe de nombreuses langues à la fois à l'ouest (ex: grec) et à l'est (ex: persan) de la Mésopotamie ; ni finalement à aucune famille de langues connue. De là à imaginer que les Sumériens viendraient « d'ailleurs », il n'y a qu'un pas!

Mon cher Bérose (cf. http://cheminsantiques.blogspot.com/2007/11/brose-et-callisthne-des-passeurs-de.html) raconte qu'avant le Déluge, Oannès, un sage mi-homme mi-poisson serait sorti du Golfe Persique pour civiliser les hommes. Cette légende se retrouve effectivement sur des tablettes sumériennes, où ce sage est nommé Adapa (son nom complet étant « U.AN.ADAPA », d'où le « Oannès » de la version grecque de Bérose). Il ne faut sans doute pas chercher loin l'origine de cette légende. Dans l'Antiquité, le Golfe Persique était encore peuplé de dugongs, ces mammifères marins à l'aspect presque humain. Et de toute façon, les légendes du monde entier mettent en scène des êtres hybrides, sans qu'il soit forcément nécessaire d'y chercher une origine réelle.

Mais je me souviens avoir lu des théories de savants du XIXe s. (j'ai malheureusement oublié lesquels) qui s'appuyaient sur cette légende pour affirmer que les Sumériens seraient un peuple venu d'ailleurs (au choix : la Chine, l'Inde, voire l'Atlantide) qui aurait débarqué par bateaux du Golfe Persique, d'où la légende d'un homme-poisson civilisateur.

Et certains sont allés plus loin encore. Un ami, féru de sciences occultes, m'avait expliqué très sérieusement (et ce n'était pas une élucubration personnelle de sa part : il me rapportait des théories qu'il avait lues) que c'étaient des extra-terrestres qui avaient débarqué en Mésopotamie vers 3300 av. JC et qui avaient enseigné aux hommes l'écriture, la roue, et toutes ces connaissances fabuleuses qui ont émergé à cette époque!

Plus sérieusement, je crois qu'il y a là un débat de fond. Cet ami n'imaginait évidemment pas des petits hommes verts débarquant d'une soucoupe volante, mais des extra-terrestres discrets, fondus dans la population humaine. D'après lui, cette explication permettait de comprendre ces fascinants moments de l'histoire où la civilisation humaine a fait un bond qualitatif, lors des découvertes du feu, de l'écriture, de l'imprimerie, etc. Or, d'après moi, devoir recourir à une intervention extérieure, que ce soit celle d'un dieu ou d'un extra-terrestre, pour expliquer ces progrès de la civilisation, c'est faire singulièrement peu confiance à l'être humain. Je reste intimement persuadée que l'être humain est capable de progresser tout seul. Les récentes recherches sur le cerveau humain vont d'ailleurs dans ce sens, comme je l'ai découvert dans le livre Les neurones de la lecture dont je vous parlais naguère (cf.http://cheminsantiques.blogspot.com/2009/03/le-cerveau-dun-lecteur-suite-et-fin.html). Le fonctionnement d'un cerveau humain bien fait suffit à expliquer toutes les « illuminations » et les « idées de génie » de l'Humanité, y compris les inventions bizarres comme la religion et l'art.


PS: Par curiosité, après avoir écrit cet article, je me suis amusée à taper "sumériens" et "extraterrestres" sur un moteur de recherche. Je ne m'attendais pas à trouver autant de références et des textes si documentés! Je dois même dire que j'ai été un peu troublée... Allez y jeter un coup d'oeil et vous me direz ce que vous en pensez... Toutefois, je reste sur mon idée : les progrès de l'Humanité, même soudains, n'ont pas besoin qu'on les explique par une intervention extérieure.



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