mercredi 31 octobre 2018

Les douleurs de l'accouchement, dans la correspondance entre hommes et femmes au Moyen Âge



Les douleurs de l'accouchement appartiennent au domaine intime, au Moyen Âge comme de nos jours. Si les femmes en parlent, c'est avec d'autres femmes, et nous n'en avons guère de témoignages, si ce n'est quelques amulettes de protection parvenues jusqu'à nous et dont je vous parlerai sans doute un autre jour.
Aujourd'hui, j'ai écumé la formidable banque de données « Epistolae – Medieval Women's Letters » (https://epistolae.ctl.columbia.edu/), qui regroupe des lettres écrites en latin au Moyen Âge par des femmes ou adressées à des femmes ; et j'ai pu constater que, si le sujet n'était jamais évoqué franchement entre hommes et femmes, il pouvait être effleuré au détour d'une phrase, montrant que les hommes étaient parfaitement conscients de l'intensité de ces douleurs, et que les femmes le savaient. En voici quelques témoignages très ténus, mais qui m'ont émue.

- Adèle (aussi appelée Alice ou Alix) de Champagne, mère du roi de France Philippe Auguste, écrit en 1191 une lettre au pape Célestin III. C'est une lettre à visée politique, mais elle commence en évoquant de manière très intime sa douleur d'être séparée de son fils alors en Croisade, elle compare cette douleur à celle d'Abraham sacrifiant son fils Isaac, mais reconnaît qu'elle a moins de courage que lui, car elle n'est qu'une faible femme. Et surtout elle déclare éprouver « les douleurs d'un accouchement recommencé et les angoisses renouvelées d'une ancienne mise au monde » (« Inter hos iterati partus dolores et antiqui puerperii renovatas angustias... »), deux expressions qui signifient exactement la même chose, c'est un effet de style que l'on trouve parfois en latin médiéval (et dans d'autres langues, d'ailleurs) pour bien insister. Autrement dit, son fils a beau être un adulte, roi de France et guerroyant au loin, elle revit perpétuellement son accouchement et ne se remet pas des douleurs qu'elle en a éprouvées.
→ La lettre originale en latin avec sa traduction en anglais : https://epistolae.ctl.columbia.edu/letter/249.html

- Vers la même époque (fin du XIIe siècle), Gui de Bazoches écrit à sa sœur Aelis, enceinte, en lui recommandant de prier la Vierge pour qu'elle atténue les douleurs de son accouchement imminent (« dolor imminentis tibi leniatur partus »).
→ La lettre originale en latin avec sa traduction en anglais : https://epistolae.ctl.columbia.edu/letter/1053.html

- Même époque également ou peut-être un peu plus tard (fin du XIIe, début du XIIIe siècle) : Pierre de Blois écrit à une jeune nonne, Adelicia. Il avait auparavant écrit à son père pour lui demander de ne pas forcer sa fille à rentrer dans les ordres, alors qu'elle voulait vivre dans le monde et se marier. Mais, ses efforts ayant été vains, il tente maintenant au contraire de persuader la jeune fille que son état de religieuse est le meilleur et de la dégoûter du mariage et de la maternité. Pour cela, il reprend une image que l'on retrouve fréquemment dans les bestiaires du Moyen Âge, mais qui remonte à l'Antiquité : celle des enfants de la vipère déchiquetant le ventre de leur mère de l'intérieur pour venir au monde. Cette image m'avait frappée à l'époque où je travaillais sur sainte Marguerite émergeant du dragon en lui déchiquetant le ventre. J'avais émis l'hypothèse que les hommes et les femmes du Moyen Âge lisaient dans ces images fortes une représentation de l'accouchement et de ses douleurs sanglantes : en voici une preuve avec cette lettre écrite par un homme du XIIsiècle. Enfin, Pierre de Blois assène à sa jeune lectrice un slogan terrible : « Si vis parere, vis perire », « Si tu veux enfanter, tu veux mourir » ! La paronomase (effet de sonorité proche entre deux mots) est malheureusement impossible à rendre en français, mais même sans connaître le latin, vous entendez la proximité de « parere » et « perire ».
→ La lettre originale en latin avec sa traduction en anglais : https://epistolae.ctl.columbia.edu/letter/1287.html

- Je termine avec une lettre plus ancienne : en 1074, le pape Grégoire VII écrit à Béatrice de Lorraine et à sa fille Mathilde de Toscane. Avant d'en venir au sujet principal, là aussi politique, il évoque une maladie dont il est convalescent et assure qu'il a éprouvé durant cette maladie des douleurs semblables à celle d'une femme en train d'enfanter : « in singulas horas quasi parturientis dolores et angustias patimur » (« d'heure en heure, nous avons éprouvé des douleurs et des angoisses comme celles d'une femme accouchant »). Les passages des autres lettres m'ont touchée, parce qu'on y voyait la sensibilité d'un homme attendue (dans le cas de la première lettre, adressée à un homme) ou déclarée (dans le cas des autres, écrites par des hommes) envers les douleurs de l'accouchement éprouvées par les femmes ; mais ici, cela va plus loin : un homme déclare avoir éprouvé dans son propre corps une douleur qu'il pense être comparable à celle d'une femme accouchant. Et ce ne sont pas des paroles en l'air : il s'adresse à deux femmes, dont l'une au moins a déjà été mère ; il ne peut donc se permettre de faire une telle comparaison si ce n'est qu'un simple effet de style. Il se met réellement à la place de la femme, mais peut-être aussi attend-il en retour que ses destinataires femmes se mettent à sa place et soient à leur tour sensibles à la douleur qu'il a éprouvée.
→ La lettre originale en latin avec sa traduction en anglais : https://epistolae.ctl.columbia.edu/letter/223.html


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mardi 23 octobre 2018

mercredi 17 octobre 2018

Corps féminin et politique sociale à Rome


Dans le cadre de mes recherches sur le corps féminin au Moyen Âge, j'ai entrepris de lire la fabuleuse somme Histoire des femmes en Occident, recueil collectif d'articles, publié pour la première fois en 1990. Bien que ce soit le Moyen Âge, qui m'intéresse, j'ai commencé par lire le tome 1 « L'Antiquité », d'abord parce qu'on ne peut comprendre le Moyen Âge sans connaître l'Antiquité, et puis je n'ai pas complètement renié ma part d'antiquisante et je reste intéressée par cette période.
Parmi tous les articles de ce tome 1, celui qui m'a le plus impressionnée est celui d'Aline Rousselle, « La politique des corps : entre procréation et continence à Rome » : j'y ai appris des choses étonnantes et que j'ignorais, moi qui croyais en savoir beaucoup sur la famille romaine.

  • Je savais que les jeunes filles romaines étaient fréquemment mariées vers 12, 13 ou 14 ans, mais j'avais lu, je ne sais plus où, que le mari (qui, lui, avait plus de 30 ans, le temps d'avoir accompli sa formation militaire et politique) attendait quelques années qu'elle devienne une femme avant de consommer le mariage. Aline Rousselle explique très clairement pourquoi ce n'était pas le cas et pourquoi les Romains pensaient qu'il était préférable de déflorer leurs épouses avant la puberté. D'abord pour une raison sociale : en les déflorant à un âge où elles n'étaient pas du tout prêtes physiquement à éprouver du plaisir, on les rendait frigides à vie (du moins l'espérait-on !), et on s'assurait contre tout risque d'infidélité. Ensuite pour une raison médicale : on croyait que le vagin des vierges était vraiment fermé et que si on ne l' « ouvrait » pas avant la puberté, les règles ne pourraient pas s'écouler correctement et risqueraient en s'accumulant de nuire à la santé de la jeune fille. Oui, oui ! Cela semble incroyable, mais c'est vrai !
  • Les épouses légitimes n'avaient en général pas plus de rapports sexuels avec leur époux que ce qu'il en fallait pour faire trois enfants. Pourquoi trois enfants ? C'était la condition nécessaire pour un certain nombre d'avantages législatifs. Et après avoir eu leurs trois enfants ? Eh bien, vu que les contraceptifs n'étaient pas très au point, elle pratiquaient la continence ; d'où également l'intérêt d'être frigides, évoqué plus haut ! Pauvres femmes romaines ? Eh bien pas tant que cela. N'oubliez pas la quantité énorme de risques mortels liés à la grossesse, à l'accouchement, ainsi qu'aux tentatives de contraception ou d'avortement. En pratiquant la continence, elles préservaient leur vie, tout simplement.
  • Et les hommes ? Pour eux, pas de risques ! Et eux n'ont pas été éduqués à être frigides ! Il faut donc bien qu'ils se défoulent ailleurs ! Les prostituées, bien sûr, et les esclaves femmes de la maison. Cela, je le savais. Ce que j'ignorais, c'est que le citoyen romain avait surtout une sorte de « concubine en titre », généralement une affranchie, le plus souvent connue et acceptée sans problème par l'épouse légitime. À chacune sa place : à l'une la production des héritiers et la gestion de la maison, à l'autre les plaisirs sexuels, peut-être la tendresse, mais aussi les plus grands risques mortels. Finalement, quelle était la situation la plus enviable ? Pas facile à dire, et pas facile de choisir à la place de laquelle je préférerais être si j'avais le choix !
  • Dernier point qui m'a frappée : c'est la lecture que fait Aline Rousselle de l'avènement du Christianisme dans le monde romain et de sa valorisation de l'amour conjugal, en tenant compte de cette analyse. On considère généralement que c'est un progrès pour la condition féminine des épouses légitimes, au vu de la fidélité absolue et de l'amour que leur doit leur époux ; et c'est juste. Mais c'est en même temps une régression, car elles endossent désormais la totalité des risques liés à la reproduction.
On serait tenté de nos jours de traiter les hommes romains de violeurs, pédophiles, et trompeurs de leurs épouses ; mais comme vous le voyez, ce n'est pas si simple, et ces trois attitudes qui nous révoltent pouvaient aussi servir les intérêts de ces épouses...

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mercredi 26 septembre 2018

Des images faites pour ne pas être vues


Je lisais, dans le cadre de mes recherches en histoire médiévale, un article sur la foi des laïcs  :
Danièle Alexandre-Bidon, « Une foi en deux ou trois dimensions? Images et objets du faire croire à l'usage des laïcs », in Annales. Histoire, Sciences Sociales, 53e année, n°6, 1998, p. 1155-1190.
L'auteure y commence son propos avec une certaine provocation : « Que voit le laïc du Moyen Âge lorsqu'il pénètre dans une église ? Dans bon nombre de cas, la réponse est : rien. »
Elle poursuit en expliquant : « La pénombre de l'église, la haute verrière de ce fait illisible, sont autant de freins à l'efficacité du message. […] On ne voyait sans doute avantageusement que les parties basses des cycles ou les pieds des personnages peints sur les registres supérieurs. Quant aux vitraux eux-mêmes, juchés trop haut, éblouissant le regard, que pouvait en percevoir le spectateur illettré ? » Il y avait bien des légendes parfois, ajoute-t-elle, mais elles étaient en latin, incompréhensibles à la plupart des laïcs, qui ignoraient le latin et qui, pour beaucoup d'entre eux, étaient même illettrés !
La thèse de l'article est que la foi de ces laïcs du Moyen Âge passait plutôt par des objets : non pas – comme on pourrait le croire – un crucifix ou un chapelet, dont l'usage ne s'est répandu qu'à la toute fin du Moyen Âge, mais par du mobilier de la vie quotidienne, des jouets d'enfant reproduisant le matériel liturgique, des pions de jeu ornés de figures des saints, ou encore des savons et des fromages où était imprimée une croix... Mais ce qui m'a le plus frappée de cet article est cette constatation faite au début que la plupart des œuvres présentes dans une église n'étaient pas censées être comprises, et parfois même pas vues, par le public qui y pénétrait.
Cela m'a rappelé une autre lecture, datant du temps où j'étais plus antiquisante que médiéviste !
Salvatore Settis, « La colonne trajane : l'empereur et son public », publication de la Fédération des Professeurs de Grec et de Latin (FPLG), 1990 (republié l'année suivante dans la Revue archéologique et lisible en ligne à cette page : http://www.jstor.org/stable/41745143?seq=1#page_scan_tab_contents)
L'auteur y évoque la question de la non-visibilité des décors de la colonne trajane passé une certaine hauteur. Je rappelle que la colonne trajane est cette fameuse colonne commandée par l'empereur romain Trajan avec un décor en frise en spirale, qui a inspiré par la suite d'autres colonnes du même type (par exemple à Paris la colonne Vendôme au XIXe s.).
Il cite un article de Paul Veyne (« Conduites sans croyance et œuvre d'art sans spectateurs », Diogène, n°143, juil.-sept. 1988, p. 3 sqq) qui se pose précisément cette question générale de l’œuvre d'art sans spectateurs et se penche en particulier sur la colonne trajane. Paul Veyne en vient à envisager « une sociologie de l'art où l’œuvre d'art, loin de véhiculer une iconographie ou une idéologie, est un décor que l'on ne regarde même pas, que l'on voit à peine, et qui est pourtant très important. » Paul Veyne faisait ensuite une analogie avec les cérémonies religieuses dont les assistants ne comprennent pas la majorité des formules (par exemple, la messe en latin pendant des siècles). « La colonne trajane est, d'une certaine manière, de la propagande, mais justement pas par son imagerie ; elle l'est par sa présence et par la puissance qu'exprime sa redondance. » Paul Veyne s'emballait ensuite et finissait par comparer l'art avec la nature, qui produit de la beauté sans intention.
Personnellement, là, je ne le suis plus. Salvatore Settis non plus, qui propose d'autres explications à la non-visibilité du haut de la colonne trajane, moins lyriques que celle de Paul Veyne et plus ardues, mais aussi plus argumentées et judicieuses : pour en résumer les grandes lignes, il montre que pour un observateur romain de 113 ap. JC, la compréhension des scènes non visibles était déduite des scènes visibles, des connaissances qu'il avait par ailleurs sur le sujet sculpté (les guerres de Trajan), de sa manière habituelle de lire (livre sous la forme « volumen », que l'on déroulait de gauche à droite), de certaines correspondances verticales entre les éléments de la frise.

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Aujourd'hui, les choses ont complètement changé : les techniques modernes (éclairage, zoom, caméra télescopique, hélicoptère, diffusion sur internet, etc.) nous permettent de contempler avec confort, qualité et en quantité ces images de l'Antiquité et du Moyen Âge qui furent si longtemps dérobées à la vue des spectateurs. Y avons-nous gagné ? Certes, car nous pouvons désormais constater que les artistes d'alors n'ont pas triché : les parties autrefois invisibles sont aussi somptueuses que le reste. Et pourtant, nous avons perdu le mystère de ces images inaccessibles et, par là, le désir conscient ou inconscient que nous en avions.
Non seulement nous avons perdu ce désir, mais l'offre d'images se vulgarise, dans les deux sens du terme (« se répand dans la population » et « devient de plus en plus vulgaire ») : aujourd'hui où Monsieur et Madame Tout-le-Monde mettent chaque jour des dizaines d'images en ligne, visibles par le monde entier et comptabilisent nerveusement la quantité de « J'aime » apposés à leurs images médiocres, sans intérêt et sans qualité, ne devrions-nous pas méditer sur ces époques antiques et médiévales où l'on passait commande aux meilleurs artistes pour créer des œuvres d'une qualité exceptionnelle, mais que personne ne pourrait voir ni comprendre ?


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lundi 10 septembre 2018

Article du magazine Mythologie(s) : le sang du dragon

Ma collaboration avec le magazine Mythologie(s) continue (voyez le libellé de ce blog Magazine "Mythologie(s)" ).

Dans le numéro de septembre-octobre, en kiosque actuellement, j'ai écrit un article de trois doubles pages sur le thème du sang du dragon. Cet article s'inspire de ceux écrits ici-même :
http://cheminsantiques.blogspot.com/2015/02/sang-de-dragon.html
et
http://cheminsantiques.blogspot.com/2016/12/du-sang-du-dragon-au-sang-de-marguerite.html
mais en développant plus le thème.
Les sous-titres de l'article ne sont pas de moi et ne me semblent pas toujours exacts, mais ils résument bien les principales idées : "Sur les traces du sang du dragon au Moyen Âge", "Le dragon et le corps féminin, un couple rouge sang", "Le sang du Christ tapisse le dragon et ses cruautés", "Le dragon, objet trouble du fantasme masculin".

L'article est également magnifiquement illustré, pour deux des trois doubles pages, par quatre superbes dessins de l'artiste espagnole Mar Lozano Reinoso, qui a fait ces dessins exprès pour l'article.


Vous pouvez prolonger le plaisir des yeux en allant visiter son site :
https://marlozanoreinoso.wordpress.com/



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mercredi 30 mai 2018

Grenade à goûter et à voir

Étant la semaine dernière à Strasbourg, j'ai eu le plaisir de contempler plusieurs tableaux de mon cher Sébastien Stoskopff (voir les articles que je lui ai consacrés sur ce blog, libellé "Stoskopff" : http://cheminsantiques.blogspot.com/search/label/Stoskopff) au Musée de l'Œuvre Notre Dame. Parmi eux, celui-ci symbolisant les cinq sens :


Quelques heures plus tard, au Musée des Beaux Arts, j'ai découvert un tableau représentant le même motif, de son confrère Jacques Linard :


Les deux tableaux sont presque contemporains, celui de Stoskopff date de 1633 et celui de Linard de 1638. Soit ce dernier s'est inspiré du premier, soit ils s'inspirent tous deux d'un motif à la mode, car on y retrouve plusieurs éléments identiques : la partition, les cartes à jouer, la grenade... Mais chacun a son style bien reconnaissable. Stoskopff est dans la sobriété avec, comme dans nombre de ses tableaux, le vaste fond noir qui occupe plus de la moitié de la composition, avec le choix de représenter des cartes avec points plutôt qu'avec figure, et une gravure en noir et blanc plutôt qu'un tableau coloré ; Linard, lui, est dans la finesse des détails.

Ce que j'ai préféré dans leurs deux tableaux, c'est la grenade.

La grenade est un fruit fascinant aux symbolismes forts dans plusieurs civilisations. Amour, sexualité, fertilité, larmes, sang... Tout se mêle. Je vous conseille la lecture de l'article suivant qui fait le tour de plusieurs civilisations :

Dans ma mythologie personnelle, je retiens l'histoire étonnante de Perséphone, obligée de rester aux Enfers mariée à Hadès parce qu'elle a mangé de la nourriture de ce lieu ; en l'occurrence... un seul grain de grenade ! Je retiens aussi l'histoire émouvante de cette mère qui a reconnu son fils en goûtant d'un plat de grains de grenade confits ; je vous ai raconté cette histoire, venue des Mille et une nuits, dans un article d'il y a onze ans : 
Enfin, je vois dans chacun de ces grains sublimes d'un rouge translucide la "perle rouge" qui est le sujet principal et le titre du roman que je suis en train de finir d'écrire...

Quant à savoir quelle grenade est ma préférée, de celle de Stoskopff ou de celle de Linard, ce n'est pas évident.
Celle de Stoskopff est bien sûr la plus sublime, avec ses chairs parfaites et brillantes gonflées d'un sang rouge vif, et surtout avec l'unique grain tombé à côté, point rouge jouant avec les points noirs des trous de la flûte, unique perle rouge, attirant le regard du spectateur fasciné.
Mais celle de Linard est audacieuse. Son humanisation n'est pas corporelle, comme celle de Stoskopff, mais intellectuelle : elle se contemple en effet dans un miroir à sa taille évoquant les nombreux tableaux représentant une belle femme contemplant son reflet. Avec la même symbolique de vanité : la beauté de la jeune femme est éphémère, tout comme celle de la grenade, qui se craquèle déjà à sa maturité. Il y a aussi un jeu avec le motif du tableau, "les cinq sens". Chez Stoskopff une seule équation est possible, grenade = goût ; mais chez Linard, le goût peut être symbolisé par les autres fruits présents sur le tableau, et surtout la grenade elle-même peut symboliser à la fois le goût et la vue puisqu'elle se regarde dans le miroir.


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mercredi 9 mai 2018

Un cœur bien rempli




Cœur aux intentions, Musée Universitaire de Louvain-la-Neuve, Belgique.

Le cartel de cet objet multiple dit ceci : Cœur aux intentions : Près de 600 messages ont été rassemblés dans un cœur en laiton portant l'inscription « Hommage des Pèlerins du Nord et du Pas-de-Calais, 20 juin 1875 ». Haut-lieu de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, le couvent de la Visitation de Paray-le-Monial se voyait confier les intentions des fidèles y accomplissant le pèlerinage.
Le cœur en laiton n'apparaît pas dans la vitrine, mais un cœur en textile (qui devait être lui-même placé dans celui en laiton). Ce cœur en textile est éventré et l'on en voit sortir une petite partie des six cents messages évoqués dans le cartel. Messages terriblement émouvants sous leurs formes variées : pliés, découpés, scellés, vites griffonnés ou soigneusement tracés...
L'objet tel qu'il est exposé dans la vitrine porte aussi une forte charge symbolique dans la manière dont il se présente : le cœur a en effet été déchiré, éventré, pour en montrer le contenu ; mais symboliquement, il s'agit tout de même du cœur de Jésus ! D'autre part, les messages, qui étaient des messages intimes adressés par des hommes et des femmes à Dieu, se retrouvent pour certains d'entre eux étalés, visibles, lisibles par tout visiteur du Musée (et j'y contribue, je l'avoue, puisque j'ai pris cette photo et que je la publie sur internet, mais l'essentiel des écritures est flou et peu lisible). Bien que non croyante, je suis un peu troublée par cette double violation ; et pourtant on a vu bien pire dans les musées, quand on pense par exemple aux momies égyptiennes. Je crois que ce qui me trouble ici, c'est la date très proche de 1875. « Très proche ? » vous étonnez-vous en fronçant les sourcils. Cela fait plus de 140 ans ! Oui. C'est peut-être parce que je viens d'une famille où on aime se transmettre de génération en génération les anecdotes et les histoires de vie des ancêtres, ainsi que les objets qui leur ont appartenu, les lettres qu'ils ont écrites. J'ai donc l'habitude de lire des lignes de cette écriture du XIXe siècle en sachant parfaitement le nom, l'identité et le lien familial avec moi de celle ou de celui qui les a tracées. C'est pourquoi en contemplant les messages du cœur de Paray-le-Monial, avec évidemment une fascination de voyeuse, j'ai pensé aussi avec un peu de honte que je pourrais lire le message intime à Dieu d'une de mes arrière-grand-mères.


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mercredi 2 mai 2018

Une collection bien étiquetée (reliquaire du Musée de Louvain-la-Neuve)

Reliquaire du XIXe siècle, Musée Universitaire de Louvain-la-Neuve, Belgique. 
(Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir ou la télécharger pour zoomer sur les détails)

Les reliquaires du Moyen Âge m'ont toujours fascinée par la sacralisation de quelque chose de physique, matériel, corporel, et aussi par la foi et la vénération accordées à des débris souvent informes, jaunâtres et minuscules. Mais avec ces reliquaires du XIXe siècle, on entre dans une autre dimension : tant de petits morceaux de corps de tant de saints (et je n'ai photographié qu'une face de l'objet), si soigneusement étiquetés et décorés ! Où sont la préciosité et la rareté initiale de la relique sacrée ? Quel sens peuvent encore avoir ces petits bouts de trucs ayant prétendument appartenu à un corps sacré ?
Cela dit, la perte du sens dans la quantité faisait déjà des ravages au Moyen Âge. J'ai récemment traduit, dans le cadre d'une formation au latin médiéval que je suis, un texte du XIIe siècle qui raconte comment un abbé de la région d'Arras, souhaitant donner du prestige à son abbaye nouvellement fondée, est allé quérir à Cologne, en Allemagne, les reliques de l'une des fameuses onze mille vierges martyres dont on venait juste de retrouver les restes dans cette ville. Quand il les a eues, une espèce de rage passionnelle l'a saisi et il a fait ou fait faire un deuxième, puis un troisième voyage à Cologne, pour récupérer à chaque fois de nouvelles reliques ! Quand il y en a onze mille, pourquoi se priver ?
Mais revenons à ce reliquaire du XIXe siècle. Ce n'est pas seulement la quantité, donc, qui est en jeu, mais cette façon de présenter les reliques avec cette application presque enfantine. Le recueil de reliques semble ravalé à ces collections de cartes illustrées thématiques que les enfants aiment collectionner ! J'imagine les discussions passionnées et puériles de ceux qui ont confectionné ces reliquaires : « J'ai un petit bout de saint Cervarius, personne ne le connaît, ça ne vaut pas grand chose ; mais par contre, j'ai un gros morceau de saint Cyprien : celui-là, je ne l'échange pas, il a beaucoup de valeur ! »

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mercredi 25 avril 2018

Corps hybrides au Moyen Âge


J'ai assisté jeudi et vendredi dernier à un passionnant colloque sur le thème « Corps hybrides aux frontières de l'humain au Moyen Âge », qui se tenait à l'Université de Louvain-la-Neuve en Belgique. Ce fut l'occasion pour moi de faire du tourisme et de découvrir cette ville assez sidérante, créée ab nihilo en pleine campagne dans les années 1970 par les universitaires francophones chassés de l'autre « Louvain ». Se promener dans ses rues (qui plus est ces deux jours où il faisait un temps magnifique !) est une expérience en soi : plus de neuf personnes sur dix que vous voyez dans la rue ont visiblement entre 18 et 25 ans ! Cela donne une vitalité et une dynamique incroyable, à tel point que les rares vieilles personnes ont elles-même l'air jeunes ! Le Musée Universitaire de la ville est un régal et je consacrerai sans doute un ou plusieurs prochains articles à certains des objets qui y sont exposés.
Mais venons-en au colloque, dont vous avez le programme ici :
ou ici :
J'avais proposé une communication pour ce colloque, en lien bien sûr avec sainte Marguerite et son dragon. Dans l'iconographie des manuscrits médiévaux en effet, il n'est pas toujours évident de distinguer la représentation de Marguerite émergeant du corps du dragon de certaines représentations de véritables hybrides femmes-dragons ou femmes-serpents ou poissons comme Mélusine, les sirènes, ou certaines représentations du serpent de la Genèse avec un buste ou une tête de femme. D'autre part, du côté de la réception médiévale des textes et des images de cette légende, on se rend compte que le dragon et Marguerite représentent chacun un aspect différent du corps féminin, et ce de manière différente pour les hommes et pour les femmes (cette malléabilité de l'interprétation est selon moi à l'origine du succès de cette légende du VIIIe au XVIe siècle) : pour les hommes, le dragon représente tout ce qu'il y a de mystérieux, d'inquiétant et d'incontrôlable pour eux dans le corps féminin, et Marguerite représente la femme pure, docile et soumise à l'autorité patriarcale (incarnée par Dieu dans la légende) ; pour les femmes, cette histoire parle de leurs souffrances propres, souffrances qui s'incarnent autant dans la figure de Marguerite, victime du viol symbolique du dragon qui la dévore, que dans celle du dragon dont le corps souffre, saigne, et finit déchiqueté dans d'atroces douleurs lorsque Marguerite en émerge.

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Ma communication n'a pas été retenue, car Marguerite, victime de son succès, était traitée dans le cadre d'une autre communication, celle de Miranda Griffin, dont les hypothèses se rapprochaient de certaines des miennes, puisqu'elle a comparé Marguerite et Mélusine. Elle nous a montré pour étayer son propos deux représentations de chacune de ces héroïnes, toutes deux issues du fonds de manuscrits de Cambridge où elle enseigne (mais de manuscrits différents) : ces deux représentations ont une ressemblance troublante et un effet miroir.
→ Marguerite émergeant du dragon (qui a ici une apparence de lion, mais il est fréquemment représenté dans les enluminures sous l'apparence de toutes sortes d'animaux!) tourne la tête vers la gauche dans un face à face avec une mini-tête de dragon qui est au bout de la queue du dragon proprement dit (vous pouvez voir cette image ici : https://cudl.lib.cam.ac.uk/view/MS-CHAYTOR-ADD-00010/11)
→ Mélusine dans son bain, tourne la tête vers la droite dans un face à face avec une mini-tête de dragon qui est au bout de sa propre queue reptilienne...
On a vraiment l'impression que les enlumineurs disposaient d'un modèle identique à adapter indifféremment à Mélusine, Marguerite, et peut-être d'autres figures qu'il nous reste à découvrir...


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Voici ensuite, un peu en vrac, quelques découvertes que j'ai faites lors de ce colloque :

  • Quand un héros tue un être hybride, il sépare son corps en deux précisément à la jonction des deux parties différentes : ainsi, il met fin à l'hybridité et rétablit l'ordre de la nature. (remarque issue de plusieurs communications)
  • Il n'y a pas que des hybrides de corps organiques, mais aussi un mélange organique / inorganique, comme ces chevaliers-poissons qui portaient des heaumes, épées et boucliers sous forme d'excroissances charnelles ; ou comme ces enfants-arbalètes qui sortaient tout armés du ventre de leur mère (non sans conséquences pour celle-ci, d'ailleurs ! Et on retrouve là le motif d'un être qui sort d'un ventre en le déchiquetant, comme Marguerite avec son dragon). (communication d'Antonella Sciancalepore)
  • Saint Christophe était à l'origine un monstre cynocéphale (à tête de chien) ! (communication de Jacqueline Leclercq-Marx)
  • Les filles d'Adam, après avoir mangé d'une certaine herbe interdite par leur père, ont engendré tous les monstres hybrides : cynocéphales (hommes à tête de chien), sciapodes (hommes munis d'un pied unique avec lequel ils se font de l'ombre), etc. (communication de Pierre-Olivier Dittmar)
  • Des auteurs arabes musulmans (repris ensuite par des auteurs chrétiens occidentaux) ont établi une « scala naturae » (échelle de la nature) inspirée d'Aristote et visant à classifier toutes les créations de la nature. L'homme est en haut (certaines échelles incluent aussi Dieu et les anges, qui sont bien sûr au-dessus de l'homme), suivi par les animaux, les végétaux, puis les minéraux. Ce qui est amusant, ce sont certaines créations qui sont entre deux échelons : ainsi le corail est un minéral qui se rapproche du végétal ; le palmier un végétal qui se rapproche de l'animal ; le singe, le perroquet ou l'abeille des animaux qui se rapprochent de l'humain. (communication de Grégory Clesse)
  • Il existe une théorie des climats selon laquelle si une femme enceinte se déplace dans un climat différent (quel que soit le climat où a eu lieu la conception), son enfant aura les caractéristiques des populations vivant dans ce climat : couleur de peau, taille, ou toute autre forme corporelle (incluant nos fameux cynocéphales et sciapodes...) (communication de Florence Ninitte)
  • Il faut bien distinguer deux sortes d'hybrides :
    1. ceux que l'on devrait plutôt appeler « monstres », qui sont des créatures nommées, décrites, représentées selon une image standardisée reconnaissable (ex : cynocéphale, sciapode, licorne, griffon, centaure, sirène, etc.) ;
    2. les « hybrides » proprement dits qui n'ont ni nom particulier, ni forme récurrente, ni description, et qui sont inventées au coup par coup par les artistes : on les trouve notamment comme figures de soutènement des chapiteaux sculptés romans ou encore dans les marges des manuscrits. (communication de Pierre-Olivier Dittmar)
      Si vous n'avez jamais vu de ces « marginalia », je vous conseille mon manuscrit préféré, le « Luttrell Psalter », entièrement consultable en ligne à cette page : http://www.bl.uk/turning-the-pages/?id=a0f935d0-a678-11db-83e4-0050c2490048&type=book ; et si vous voulez voir directement plusieurs des images les plus amusantes des marges de ce manuscrit, vous pouvez aller par exemple ici : https://www.pinterest.co.uk/JEastwoodArt/luttrell-psalter/.
  • Certains sceaux portent l'image d'un être hybride (par exemple une tête humaine d'où émergent une tête d'oiseau et une tête de cheval, un léopard pourvu d'ailes d'oiseau, une tête posée sur des jambes, sans parler de nombreux griffons et dragons), ce qui montre que ces êtres hybrides pouvaient être revendiqués comme marque d'identité. La raison de ce choix reste encore obscure, c'est l'une des nombreuses pistes restées ouvertes lors de ce colloque et qui donnent envie de poursuivre les recherches... (communication de Clémence Gauche)


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dimanche 11 février 2018

Des blagues antiques aux devinettes médiévales


Je vous avais parlé il y a déjà huit ans d'un recueil de blagues de la Grèce antique :

A présent que mes centres d'intérêt glissent plus vers le Moyen Âge que vers l'Antiquité, je suis tombée sur un recueil de devinettes médiévales, qui nous prouve que, oui, l'homme médiéval savait rigoler, comme l'homme antique !
On trouve le recueil (Édition de Bruno Roy, Devinettes françaises du Moyen Âge (Cahiers d'Études Médiévales, 3), Montréal, Bellarmin, et Paris, Vrin, 1977. D'après : manuscrit Chantilly, Musée Condé 654 ; manuscrit Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek, Guelf. 84.1 ; édition Les Adevineaux amoureux, Bruges, vers 1478 ; édition Demandes joyeuses en forme de quolibets, Paris, Trepperel, vers 1498) mis en en ligne à cette page :
Il faut prendre le temps de le parcourir et de faire le tri. Certaines devinettes nous sont totalement incompréhensibles parce que nous n'en comprenons plus le contexte. D'autres, très nombreuses, sont d'une grossièreté scatologique ou sexuelle qui ferait rougir les pires racailles d'aujourd'hui (d'autant plus que l'hygiène d'alors n'était pas la nôtre) ! Ces dernières sont parfois vraiment drôles, mais la pudeur m'empêche de vous en faire part ! Une fois ces deux types écartés, on en trouve quelques unes simples et amusantes, toujours valables. Je vous en propose une vingtaine sur plus de cinq cent visibles sur la page ci-dessus. Je les ai traduites ou adaptées en français moderne. Le numéro entre parenthèses correspond au numéro auquel vous les trouverez classées à la page mentionnée ci-dessus (en ancien français). Pour vous rendre les choses plus amusantes, je ne vous livre pas les réponses tout de suite, mais seulement à la fin de cet article.

Prenez Paris sans par et le nom du troisième homme ;
Lors saurez vraiment comment madame se nomme. (3)

Il n'est pas plus grand que le pied d'une mule,
Et il chasse bien cent bêtes de leur pâture. (27)

Dedans Paris est une chose,
Droit au milieu dedans enclose,
Et il n'est personne qui en puisse paix faire
S'il ne veut tout Paris défaire. (38)
(Attention, on est au Moyen Age, cela ne peut donc pas être la Tour Eiffel!)

Qu'est-ce qui va autour du bois sans entrer dedans ? (49)

Quand est jeune, c'est il ; et quand est vieux, c'est elle. (50)

Quelle chose est-ce qui donne ce qu'elle n'eut jamais, ni n'a, ni jamais n'aura ? (51)

Quelle est la plus forte bête au monde ? (66)

Pourquoi pisse-t-on contre les murailles ? (77)

Blanc est le champ, et noire est la semence ;
L'homme qui la sème est de très grande science. (85)

Belle chose entra en la ville, à huit pieds, six oreilles, trois culs et une queue. C'est une chose bien merveilleuse ! (138)

Quelle différence y a-t-il du désir d'un jeune homme à celui d'un petit enfant ? (151)

Quelle chose est-ce : plus elle est faible et menue, plus la craignent toutes gens. (152)

Comment feriez-vous ce que Dieu ne peut faire ? (169)

Comment enverriez-vous à votre amie un poisson de toutes eaux en un plat de toutes fleurs, et par un homme de tout conseil ? (197)

Qu'est-ce qui a dents sans tête et queue sans cul ? (225)

Quelle chose est au monde qui moins profite quand elle est close ? (276)

Il fut vivant, il est mort ; en sa gueule, il tient un os vivant. (280)

Prenez sans s le troisième mois,
Et le nom de Dieu en anglois (anglais),
Et là trouverez sans demour (demeure)
Le nom de ma belle amour. (306)

Devinez ce que c'est qui est sur sa mère et en sa femme, et qui mange son père. (328)

Je le mets où il ne demeure point, pour le retrouver où je ne le mets point. (521)

Je termine avec ma préférée, que je trouve terriblement poétique :
Si vous voulez envoyer une pomme à votre amie par amour, et qu'il fallait la baiser au milieu, comment feriez-vous sans l'endommager ? (307)

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Réponses :
3 : Elle doit avoir nom Isabelle.
27 : C'est un peigne, qui chasse les poux de la tête.
38 : Ôtez de Paris le « r », et vous aurez la « paix » (qui au Moyen Age pouvait s'orthographier « pais », mais de toute façon ces devinettes sont destinées à être entendues et non lues).
49 : C'est l'écorce de l'arbre.
50 : C'est le premier croissant, et après c'est la lune.
51 : C'est une pierre à aiguiser, qui donne le tranchant.
66 : C'est un limaçon (escargot), car en se mettant en chemin, il porte sa maison avec lui.
77 : Parce qu'on ne peut pisser plus loin !
85 : Ceci est dit pour papier et encre, et celui qui écrit.
138 : Ce sont deux hommes sur un cheval.
151 : Le jeune homme désire belle femme, et le petit enfant laidefemme (laide femme / lait de femme).
152 : C'est une longue planche, sur laquelle il faut traverser une grande rivière.
169 : Il ne peut parler à meilleur que lui, et vous pouvez bien le faire !
197 : Je lui enverrais un saumon, en un plat de cire, et par un prêtre.
225 : C'est un râteau.
276 : C'est un livre.
280 : C'est un soulier de cuir dans lequel est un pied.
306 : Ma très belle amour est appelée Margot.
328 : C'est un prêtre qui est en une église : la terre est sa mère, l'église est sa femme, et il mange le corps de Notre Seigneur, qui est son père.
521 : C'est quand le compagnon remplit la bouteille avec l'entonnoir.


307 : Vous baiseriez la fleur sur l'arbre, et puis la marqueriez d'un fil de soie pour la reconnaître après.

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Si vous aimez l'humour médiéval, vous avez aussi des blagues médiévales anglaises, à partir de cette page :
 http://www.medievalists.net/2015/04/riddles-in-the-dark-ages/


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