lundi 30 novembre 2015

Dix mille de perdus, un de retrouvé !


Aujourd'hui, je vais vous raconter une histoire qui date déjà de quelques mois, et que j'avais d'abord jugée trop personnelle pour la livrer au public, mais je me suis finalement décidée.
Comme vous le savez, je suis en train d'écrire un roman qui se passe à Cologne au XVIe s. (cf. http://cheminsantiques.blogspot.fr/2015/01/chemins-antiques-sentiers-fleuris-et.html). Les personnages de ce roman cherchent entre autres à réunir sept objets dont ils pensent que l'ensemble donne un certain pouvoir. Parmi ces objets, un chandelier. Je veux des objets qui puissent venir de différents endroits du monde d'où l'importation était possible par un marchand de Cologne du XVIe s. Pour le chandelier, j'avais pensé à une origine scandinave, ne connaissant par ailleurs pas grand chose à l'art décoratif de cette région du monde.
Donc, un jour d'août dernier, alors que j'étais à la BPI (Bibliothèque Publique d'Information du centre Beaubourg, à Paris), je suis allée au rayon de l'art scandinave. J'ai feuilleté plusieurs livres, mais pas de chandelier... Pensant alors que je pourrais m'inspirer d'un autre objet, je reprends le livre qui m'avait le plus plu par la beauté de ses reproductions et qui s'intitulait Medieval Norwegian Art, je l'ouvre au hasard pour le feuilleter, et là... Deux choses surprenantes arrivent en même temps :
  • le livre s'ouvre à une page que j'avais sautée la première fois, page où apparaît la photo de deux magnifiques chandeliers!
  • au moment où j'ouvre la page, un petit papier glisse et tombe du livre...
Je suis absolument ravie d'avoir trouvé mon chandelier scandinave, qui est exactement comme je le voulais, et assez frappée de tomber dessus immédiatement à cette deuxième lecture du livre... C'est donc dans cette circonstance déjà très surprenante en elle-même que je ramasse le petit papier.
C'est un petit papier légèrement cartonné, un peu plus grand qu'une carte de crédit et un peu plus petit qu'une carte à jouer, sur lequel est imprimé un montage en noir et blanc : une tête sculptée sumérienne, sur fond d'une frise d'épais zig-zag. Là aussi, coïncidence étrange : quand j'étais petite, mon père, d'origine irakienne, avait toujours au-dessus de sa table une carte postale représentant un couple de statuettes sumériennes, et il me disait « Ce sont tes ancêtres » ; je croyais que c'était vraiment quelques arrière-arrière-grand-parents, aussi j'ai toujours une vive émotion à voir une de ces têtes ! Au dos de la carte étaient écrits à la main un nom, des titres, une date : j'ai donc pensé que quelqu'un avait utilisé cette petite carte comme un marque-page et griffonné au dos une référence, puis l'avait oubliée dans le livre.


J'ai recueilli très soigneusement cette petite carte. Il y avait suffisamment de coïncidences étranges dans cette histoire pour que j'eusse envie de tirer le fil le plus loin possible. Aussi, dès que je suis rentrée chez moi, j'ai tapé dans un moteur de recherche internet les mots qui apparaissaient au dos de la carte. Et je suis tombée là-dessus :
http://www.rupestreamort.fr/index.php?page=branle-bassement-Anabase
En mai 2014, 10 000 images ont été imprimées avec Palefroi, collectif d'artistes sérigraphes à Berlin.
Le projet rejoint l'Anabase, épisode de l'histoire au cours duquel 10 000 mercenaires grecs partis guerroyer en Perse sont mis en déroute après la perte de leur meneur. 
Désœuvrés et égarés, les 10 000 hommes erreront plusieurs années avant de retrouver leur patrie.
Les figures éditées sont, depuis, intégrées dans les ouvrages et dispersées dans les bibliothèques, librairies et collections personnelles que l'on fréquente. 
En septembre 2015, les 10 000 images ont été dispersées.
Donc cette carte n'est pas tombée là par hasard : c'est la dix-millième partie d'une œuvre d'art, le fait d'avoir été glissée là fait aussi partie de l’œuvre d'art, et le fait que je l'aie recueillie aussi ! Moi qui habituellement n'apprécie pas trop les « performances » et autres « installations » de l'art moderne, j'aime énormément ce travail de Julie Redon (c'est bien le nom de l'artiste). Je le trouve plein de poésie, avec un petit parfum d'aventures et de roman policier.
Mais les coïncidences pour moi ne s'arrêtaient pas là. Les images ont été imprimées à Berlin, en Allemagne, pays où se passe le roman que j'écris et à l'occasion duquel cette histoire m'est arrivée. Quant à L'Anabase, le texte de Xénophon a été pour moi un coup de foudre quand je l'ai découvert en cours de grec en classe de seconde (incroyable : un type d'il y a 2400 ans racontait un voyage au jour le jour, le premier reportage en direct!). Puis quelques années plus tard, quand j'étais en maîtrise de lettres classiques, j'ai réalisé que ce voyage avait lieu précisément en Irak, pays de mes ancêtres, et ce texte de Xénophon a été le déclencheur de mon idée de mémoire de maîtrise, « La Mésopotamie vue par les Grecs ». J'en avais aussi fait l'objet d'un article sur ce blog :
http://cheminsantiques.blogspot.fr/2007/04/xnophon-sirotant-sa-bire.html


J'ai écrit à Julie Redon, en utilisant le contact indiqué sur le site, pour lui raconter toute cette histoire, et elle a été ravie d'avoir d'aussi étonnantes nouvelles d'un de ses petits soldats.


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