mardi 6 mars 2007

Il était une fois sept dieux qui se promenaient dans le ciel

lundi 26 février 2007

Aujourd'hui, je vais vous parler d'une histoire très ancienne et mouvementée, dont vous connaissez tous le dernier chapitre puisqu'il figure sur vos agendas et sur vos calendriers: c'est l'histoire des noms des jours de la semaine. Ils sont sept, comme les sept nains, les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept collines de Rome ou les sept branches du chandelier. Et pourtant, rien d'artificiel dans ce nombre sept.


1er chapitre: Babylone

Tout a commencé en Mésopotamie il y a cinq mille ans (je vous avais dit que c'était une histoire ancienne!), et plus particulièreùent il y a trois mille ans dans la ville de Babylone. Là, des "prêtres-astrologues-astronomes" observaient les "astres" (sans faire la distinction moderne entre planètes et étoiles) du ciel diurne et nocturne. Ils avaient constaté que les astres étaient ordonnés selon une disposition invariable, si bien qu'ils avaient cartographié la voûte céleste.

Ils avaient alors remarqué que la lune et le soleil se promenaient dans cette voûte céleste, en suivant d'ailleurs le même "chemin de ronde" (un chemin circulaire que l'on nomme en astronomie moderne "l'écliptique"). Monsieur Lune mettait vingt-huit jours à faire le tour du chemin de ronde et Monsieur Soleil trois-cent-soixante-cinq jours. Ils se rendirent alors compte que d'autres astres se promenaient également dans le ciel. Je ne parle pas des comètes, étoiles filantes et autres "bibbou" (ainsi appelaient-ils les astres errants), mais de cinq astres qui eux aussi suivaient le fameux chemin de ronde (que l'on pourrait aussi appeler "périphérique": voyez mon article du 23.02.07!) et qui eux aussi accomplissaient ce tour en un temps régulier...
- Combien de temps?
- Attendez! Les questions, à la fin de l'histoire!
Je reprends... Il va de soi que ce fameux chemin de ronde devait être balisé: il fut donc divisé en douze sections, que l'on appela le zodiaque (dont je vous raconterai peut-être l'histoire un autre jour).

Vous vous doutez bien que Monsieur Soleil et Monsieur Lune avient été depuis longtemps divinisés, sous les noms de Outou (en sumérien) puis Sahmash (en akkadien; on retrouve le mot arabe "shams"= "soleil"), et Nanna (en sumérien) puis Sin (en akkadien). Les cinq autres astres ne pouvaient être que cinq autres dieux, car qui donc se promènerait ainsi dans le ciel? On leur donna donc les noms des principaux dieux du panthéon mésopotamien. Ce furent donc:

  • Nin Urta le dieu du temps
  • Ishtar la déesse de l'amour
  • Nergal le dieu de la guerre
  • Nabou le dieu de la sagesse et des inventions
  • et Mardouk, qui est loin d'être un dieu capital du panthéon mésopotamien, mais qui est le dieu attitré de Babylone, et comme ce sont des Babyloniens qui ont nommé ces astres ils lui ont naturellement attribué celui qui paraissait le plus gros.
Il manque quatre dieux pourtant plus ou aussi importants que ceux-là dans le panthéon mésopotamien:

  • Enlil, le dieu principal
  • An, le dieu du ciel
  • Enki/Ea, le dieu des eaux
  • Ereshkigal, la déesse des Enfers (monde souterrain des morts, comme ches les Grecs et les Romains)
Pourquoi n'ont-ils pas été choisis? J'ai ma petite idée sur la question: Enlil s'est fait piquer sa place par Mardouk; quant aux autres, simple question de logique: les dieux des eaux et des Enfers souterrains ne peuvent pas se promener dans le ciel, et le dieu du ciel ne peut se promener en lui-même!...


2e chapitre: la Grèce

Parlerais-je aujourd'hui de Bérose ou de Callisthène, ces hommes oubliés par l'histoire, mais sans qui les sciences babyloniennes ne seraient sans doute pas parvenues aux savants grecs? Non, non, une autre fois... (ce sera fait le 10.11.2007: http://cheminsantiques.blogspot.com/2007/11/brose-et-callisthne-des-passeurs-de.html)
Sachez simplement que les Grecs copièrent le système babylonien, mais en l'accommodant à leur sauce et en remplaçant

  • Nin Urta par leur dieu du temps, Kronos
  • Ishtar par leur déesse de l'amour, Aphrodite
  • Nergal par leur dieu de la guerre, Arès
  • Nabou par leur dieu malin et inventeur, Hermès
  • et Mardouk, par leur dieu principal, Zeus.


3e chapitre: les Romains

Parlerais-je aujourd'hui des Etrusques, ce peuple un peu oublié, mais sans qui les connaissances des Grecs ne seraient sans doute pas parvenues à temps aux Romains? Non, non, une autre fois...
Sachez simplement que les Romains copièrent le système grec, mais en l'accommodant à leur sauce et en remplaçant

  • Kronos par leur dieu du temps, Saturne
  • Aphrodite par leur déesse de l'amour, Vénus
  • Arès par leur dieu de la guerre, Mars
  • Hermès par leur dieu malin et inventeur, Mercure
  • et Zeus par leur dieu principal Jupiter.
Ca y est? Vous les avez reconnus?
- Bien sûr, mais... il en manque!


4e chapitre: le téléscope

Dans les trois premiers chapitres de mon histoire, l'observation du ciel se fait à l'oeil nu. Arrivent le téléscope, la science moderne, et trois nouveaux "astres errants" sont découverts. En prolongation du système déjà existant, les savants européens qui les découvrent leur donnent le nom d'autres dieux romains:

  • Neptune, le dieu des eaux
  • Uranus, le dieu du ciel
  • Pluton, le dieu des Enfers
Vous vous souvenez? Justement ceux que les Babyloniens avaient écartés! Bien sûr, la logique n'est plus la même.


5e chapitre: la semaine

Les Babyloniens avaient déjà divisé le parcours de vingt-huit jours de la lune en quatre parties de sept jours. Quoi de plus tentant que d'associer à chacun de ces jours le nom de chacun des sept dieux qui se promènent dans le ciel?

Là encore, l'idée se transmet aux Grecs puis aux Romains, en changeant à chaque fois le nom des dieux, pour aboutir finalement à :

  • Lundi < "Lunae dies" (jour de la lune)
  • Mardi < "Martis dies" (jour de Mars)
  • Mercredi < "Mercurii dies" (jour de Mercure)
  • Jeudi < "Jovis dies" (jour de Jupiter)
  • Vendredi < "Veneris dies" (jour de Venus)
Vous serez sans doute surpris que "Jupiter" fasse "Jovis" au génitif (complément du nom) et non "Jupiteris" ou "Jupitris". Il faut savoir que Jupiter à la base s'appelle "Jos" et qu'on lui a adjoint le mot "pater" ("père") : "Jos pater" (devenu "Juppiter", puis "Jupiter") trouve son équivalent dans l'expression "Dieu le Père".

Et "samedi" et "dimanche"? Vous voyez que dans d'autres langues, la logique babylonio-gréco-romaine est toujours là: en anglais, par exemple, "saturday" est bien le jour de Saturne et "sunday" le jour du Soleil. Mais d'où viennent "samedi" et "dimanche"? Je vous avais dit que c'était une histoire mouvementée!

  • "samedi" vient de la tradition juive: "Sambati dies" (jour du Sabbat)
  • "dimanche" vient de la tradition chrétienne: "dies Dominicus" (jour du Seigneur)


Conclusion
Vous savez pourquoi je vous ai raconté cette histoire? Parce que notre culture repose surtout sur deux piliers: un pilier gréco-romain (avec parfois des fondations babyloniennes) et un pilier judéo-chrétien. Vous voyez que l'histoire des noms des jours de la semaine en est la plus belle illustration!

Pour écrire cet article, je me suis entre autres beaucoup servi de "Astrologie en Mésopotamie" (Revue "Les dossiers d'archéologie", n°191, mars 1994)


- Et ma question?
- Qu'était-ce, au fait?
- Combien de temps mettent les cinq astres errants autres que le soleil et la lune à parcourir le "chemin de ronde"?
- Mercure met environ 115 jours, Vénus environ 584, Mars environ 780, Jupiter environ 399 et Saturne environ 378 (c'est ce qu'on appelle en astronomie moderne la "période synodique"). D'autres questions?

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