mardi 30 décembre 2008

Comment les figues ont fléchi le destin de Rome.

La figue, comme l’olive, est un des fruits emblématiques de la culture méditerranéenne. Dans la langue arabe, on associe souvent « tîn wa zaïtoun » (« figue et olive ») ; et il est probable que la pomme offerte par Eve à Adam (devenue une pomme par une mauvaise traduction du latin « malum » = « pomme » ou « fruit ») était en réalité une figue.
Or, parmi les anecdotes de l’histoire de Rome, on en trouve plusieurs mettant en scène des figues, qui ont joué un rôle déterminant dans le destin de Rome.

Nous sommes en 150 av. JC. Caton l’Ancien (appelé aussi « Caton le Censeur » en raison de la façon remarquable dont il a accompli sa charge de censeur trente-quatre ans plus tôt) est un brillant homme politique romain que ses 84 ans (âge extrêmement rare pour l’époque ; il mourra d’ailleurs l’année suivante) n’ont pas rendu gâteux, loin de là ! Il participe en effet activement à toutes les séances du Sénat et, cette année-là, il participe à une ambassade romaine envoyée à Carthage pour régler un différend entre cette dernière et le roi numide Massinissa. Mais arrivé sur place, il se rend vite compte qu’il y a plus grave que cette querelle à régler : Carthage est devenue une ville riche, florissante, et représente donc un danger potentiel pour Rome. Caton rentre à Rome et se présente aussitôt au Sénat, où il prononce un discours convaincant, puis, dans un geste théâtral, il déplie un pan de sa toge, d’où tombent des figues, encore toutes fraîches, qu’il offre aux sénateurs des premiers rangs. Pendant que ces derniers dégustent les fruits mûrs à point, Caton les avertit : « La terre qui a produit ces figues n’est qu’à trois journées de navigation. Que se passera-t-il si les Carthaginois décident aujourd’hui de nous attaquer ? « Delenda est Carthago » : Il faut détruire Carthage ! » Et l'année suivante, Carthage fut détruite et complètement rasée.

Nous sommes en 55 av. JC. Depuis cinq ans, César et Pompée, décidant momentanément de faire taire leur rivalité, se sont alliés en un « triumvirat » (groupe de trois hommes) avec Crassus, l’homme le plus riche de Rome. Cette année-là, ils se partagent l’empire romain et l'Orient revient à Crassus. A Brindes, port du sud de l’Italie, celui-ci s'apprête à embarquer pour rejoindre son nouveau territoire. Sous sa fenêtre passe un marchand ambulant vendant dans son panier des figues sèches de Caunus. Vantant sa marchandise, il criait dans la rue « Cauneas ! Cauneas ! ». Or Crassus entendit « Cave ne eas ! Cave ne eas ! », c’est-à-dire « Prends garde à ne pas y aller ! ». Ayant un peu hésité, il décida pourtant de passer outre et de partir quand même. Il mourra deux ans plus tard dans une bataille contre les Parthes.

Nous sommes en 14 ap. JC. Auguste, le premier empereur romain est âgé de 77 ans. Il vieillit et, après un règne remarquable et mené d’une main de maître, les soupçons s’installent dans son esprit, notamment contre sa femme Livie qui intrigue depuis des années pour que son fils d’un premier lit, Tibère, soit le successeur d’Auguste. Il ne fait plus confiance à personne et est pris d’une telle crainte de l’empoisonnement qu’il ne se nourrit que de figues qu’il cultive lui-même dans son jardin personnel et qu’il mange en les cueillant directement sur l’arbre. Or Livie, qui mijotait en effet un projet d’empoisonnement, a l’idée géniale d’injecter directement le poison dans les figues du jardin d’Auguste. Puis, telle la sorcière de Blanche-Neige, elle goûta devant lui les fruits sains et lui laissa manger ceux qui étaient empoisonnés. Ainsi mourut le premier empereur de Rome.

La première histoire est racontée par Plutarque, auteur grec, dans la Vie de Caton l’Ancien, 41. Vous pouvez en lire une traduction française ici (en descendant jusqu'au paragraphe XLI) : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/caton.htm

La deuxième histoire est racontée par Cicéron, auteur latin, dans De la divination, II 40. Vous pouvez en lire une traduction française ici (en decendant jusqu'au paragraphe XL, à la fin de la page) : http://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/cicero_de_diuin02/lecture/4.htm

La troisième histoire est racontée par Dion Cassius, auteur grec, dans l'Histoire Romaine , 56 (30). Vous pouvez en lire une traduction française ici (en decendant jusqu'au paragraphe 30): http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Dion/livre56.htm

mardi 9 décembre 2008

Retour sur l’année romaine


Cet article complète l’article du 18 septembre (« Où sont passés ces quatre garnements? » : http://cheminsantiques.blogspot.com/2008/09/o-sont-passs-ces-quatre-garnements.html).

Il semble que l’année romaine primitive commençait en mars et comprenait dix mois dont on ne connaît pas la longueur. Le roi Numa aurait ajouté les mois de janvier et février.

Il y avait donc deux cycles annuels qui coexistaient :

- une année commençant en janvier qui suivait le cycle solaire,

- une année commençant en mars qui suivait le cycle saisonnier.

On trouve d’ailleurs des fêtes de fin d’année aussi bien en décembre avec les Saturnales qu’en février avec les Lupercales, les deux étant des fêtes où domine l’idée de renversement de l’ordre, avec des sortes de carnavals.