mercredi 9 mai 2018

Un cœur bien rempli




Cœur aux intentions, Musée Universitaire de Louvain-la-Neuve, Belgique.

Le cartel de cet objet multiple dit ceci : Cœur aux intentions : Près de 600 messages ont été rassemblés dans un cœur en laiton portant l'inscription « Hommage des Pèlerins du Nord et du Pas-de-Calais, 20 juin 1875 ». Haut-lieu de la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, le couvent de la Visitation de Paray-le-Monial se voyait confier les intentions des fidèles y accomplissant le pèlerinage.
Le cœur en laiton n'apparaît pas dans la vitrine, mais un cœur en textile (qui devait être lui-même placé dans celui en laiton). Ce cœur en textile est éventré et l'on en voit sortir une petite partie des six cents messages évoqués dans le cartel. Messages terriblement émouvants sous leurs formes variées : pliés, découpés, scellés, vites griffonnés ou soigneusement tracés...
L'objet tel qu'il est exposé dans la vitrine porte aussi une forte charge symbolique dans la manière dont il se présente : le cœur a en effet été déchiré, éventré, pour en montrer le contenu ; mais symboliquement, il s'agit tout de même du cœur de Jésus ! D'autre part, les messages, qui étaient des messages intimes adressés par des hommes et des femmes à Dieu, se retrouvent pour certains d'entre eux étalés, visibles, lisibles par tout visiteur du Musée (et j'y contribue, je l'avoue, puisque j'ai pris cette photo et que je la publie sur internet, mais l'essentiel des écritures est flou et peu lisible). Bien que non croyante, je suis un peu troublée par cette double violation ; et pourtant on a vu bien pire dans les musées, quand on pense par exemple aux momies égyptiennes. Je crois que ce qui me trouble ici, c'est la date très proche de 1875. « Très proche ? » vous étonnez-vous en fronçant les sourcils. Cela fait plus de 140 ans ! Oui. C'est peut-être parce que je viens d'une famille où on aime se transmettre de génération en génération les anecdotes et les histoires de vie des ancêtres, ainsi que les objets qui leur ont appartenu, les lettres qu'ils ont écrites. J'ai donc l'habitude de lire des lignes de cette écriture du XIXe siècle en sachant parfaitement le nom, l'identité et le lien familial avec moi de celle ou de celui qui les a tracées. C'est pourquoi en contemplant les messages du cœur de Paray-le-Monial, avec évidemment une fascination de voyeuse, j'ai pensé aussi avec un peu de honte que je pourrais lire le message intime à Dieu d'une de mes arrière-grand-mères.

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