jeudi 16 juin 2016

Article Mythologie(s) : amour courtois et saintes martyres

Ma collaboration avec le magazine Mythologie(s) continue (voyez le libellé de ce blog Magazine "Mythologie(s)" ).

Dans le numéro de juin-juillet, en kiosque actuellement, le dossier est consacré au mythe de l'amour dans l'Occident médiéval et moderne, de l'amour courtois à la passion romantique.

J'ai écrit pour ce dossier un article consacré à la figure des saintes martyres au Moyen Age, plus proches qu'on ne le croirait des dames de la littérature courtoise : "Les saintes martyres, l'autre figure de la femme idéale?" 
Comme vous pouvez vous en douter, je suis partie du cas de ma sainte martyre favorite, sainte Marguerite. Pour une fois, je n'y parle pas ou presque pas de mon cher dragon. J'y développe un thème un peu en marge de mon sujet, mais qui m'a beaucoup intéressée et qui est développé depuis les années 1990 par des chercheuses anglo-saxonnes friandes de l'étude du genre en histoire médiévale : il s'agit de s'intéresser aux lecteurs - et surtout aux lectrices - des Vies de saintes, aux commanditaires des manuscrits contenant ces Vies, aux personnes possédant des objets (coffrets notamment) représentant ces saintes. Se dessine l'image de jeunes femmes, religieuses aux XIIIe s., puis de plus en plus laïques au XVe s., aristocrates surtout, pour qui les saintes martyres sont un modèle, non seulement de foi et de virginité, mais aussi de noblesse d'âme, de fidélité, de courage, de dignité, ... et aussi, plus étonnamment, de grâce, d'élégance, d'éloquence, de séduction maîtrisée!

Quelques extraits de ce numéro du magazine (mais pas mon article), à feuilleter ici :



lundi 6 juin 2016

Le mystère de Sébastien Stoskopff


J'ai découvert il y a quelque temps l’œuvre de Sébastien Stoskopff, peintre alsacien du XVIIe s., auteur de Natures mortes et de Vanités (deux expressions qui ne reflètent pas exactement la réalité de ce que représentaient ces tableaux, mais je les utilise pour plus de commodité et pour que vous ayez une idée du type de peinture dont il s'agit), et cela a été un coup de foudre.
J'ai toujours aimé les peintures de Vanités pour leur côté « gratuit » (ce n'est pas un art religieux, ni de propagande politique, ni le portrait d'un commanditaire), mais aussi pour le symbolisme qui se cache derrière ce côté gratuit (le temps qui passe, la mort, la vanité des connaissances ou des plaisirs de la vie), et surtout pour l'ambiguïté de ce symbolisme : il n'existe pas de manuel, de « clefs » qui permettraient de déchiffrer objet par objet ces tableaux. Certains objets sont largement polysémiques. Par exemple le coquillage : connotation sexuelle évidente du fait de sa forme, mais aussi par référence à la légende d'Aphrodite née des flots et apparue dans un coquillage ; c'est aussi le symbole des pèlerins de retour de Saint-Jacques de Compostelle ; c'est l'évocation de la lumière, les coquilles ayant été parfois utilisées comme lampes à huile ; c'est une forme déclinée de la tête de mort si présente dans ces tableaux, puisque c'est tout ce qui reste d'un organisme autrefois vivant ; etc. En plus de tous ces sens issus de la culture collective, chaque spectateur peut y projeter ses propres significations, ses propres fantasmes. Personnellement, je suis fascinée par des boîtes ovales en copeaux de bois qui apparaissent dans de nombreux tableaux de Vanités du nord de l'Europe aux XVIe et XVIIe s., mais aussi en arrière-plan de tableaux d'autres types : ces boîtes sont presque toujours fermées, et je passe des heures à les contempler en me demandant ce qu'elles contiennent !
Toutes ces choses intéressantes, étonnantes, passionnantes, se retrouvent dans l’œuvre de Sébastien Stoskopff, mais de plus :
  • Il a une technique incroyable ; c'est un maître absolu du trompe-l’œil, et il peint des coupes en cristal ou du vin brillant dans ces coupes avec une telle virtuosité dans la représentation de la transparence, des reflets, des jeux de lumière, que l'on retrouve cette admiration un peu niaise du vulgum pecus et qui dort sans doute au fond de chacun d'entre nous : « C'est beau, parce que c'est vachement bien fait !!! ».
  • Ses tableaux sont d'une sobriété qui le distingue de ses contemporains dont le style est très proche : il ne représente le plus souvent que très peu d'objets, concentrant l'attention du spectateur sur ces objets ; et le fond est toujours complètement noir, donnant à la composition une nuance un peu inquiétante, mais aussi faisant d'autant plus ressortir les objets, qui, eux, sont illuminés.

*

Mais ce n'est pas tout. Outre une œuvre fascinante, Sébastien Stoskopff a eu une vie mouvementée : vie itinérante à travers toute l'Europe (France, Italie, Allemagne), rencontres, détails rocambolesques parfaitement bien connus, grâce à de nombreuses archives le concernant qui ont été par chance conservées, et mort mystérieuse, d'un abus d'alcool dans une auberge, avec un dernier rebondissement vingt ans après sa mort qui révélera que l'aubergiste était un sataniste qui l'avait assassiné lors d'une messe noire !
On trouve toutes les informations sur sa vie et son œuvre dans un excellent livre, Sébastien Stoskopff, 1597-1657, Un maître de la nature morte, catalogue d'une exposition qui lui a été consacrée à Strasbourg à l'occasion du quatre-centième anniversaire de sa naissance, dirigé par Michèle-Caroline Heck (Réunion des Musées Nationaux, 1997). Vous trouverez aussi sur internet de nombreux articles sur sa vie et son œuvre, presque tous copiés ou résumés, plus ou moins intelligemment, du livre susdit. Vous y trouverez aussi de nombreuses reproductions de ses tableaux, qu'il est inutile que je vous copie ici.

*

Cette œuvre étonnante et cette vie digne d'un roman sont en train de m'en inspirer un ! 
En attendant, je vous livrerai prochainement quelques commentaires de certains de mes tableaux préférés.