vendredi 23 octobre 2015

Sentiers fleuris du manuscrit médiéval


J'achève aujourd'hui un stage de cinq jours complets et denses à l'IRHT (Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, qui dépend du CNRS) sur le manuscrit médiéval. Conférences théoriques et ateliers pratiques en petits groupes se sont succédés, traitant aussi bien de l'aspect matériel du livre médiéval (parchemin, reliure, encre, etc.), des écritures, de la décoration, de l'iconographie, des sujets abordés dans les livres, des bibliothèques médiévales, des bases de données et de la bibliographie utiles aux recherches sur ce sujet, etc., sans oublier une demi-journée en bibliothèque où nous avons pu voir de véritables manuscrits médiévaux ; le tout ponctué de délicieuses pauses gâteaux, et organisé par de grands spécialistes du manuscrit médiéval pleins de gentillesse, de proximité et d'humour...
J'aimerais consacrer un ou plusieurs articles à vous raconter dans le détail nombre de choses passionnantes que j'ai apprises lors de ce stage, mais le temps me manquerait. J'ai donc décidé, fidèle au titre de ce blog, de vous en offrir seulement quelques fleurs : pour chacun des cinq jours du stage, une toute petite fleur minuscule cueillie au milieu d'un champ multicolore !

  • Le premier jour, j'ai appris que les manuscrits sur rouleau se lisaient en les déroulant horizontalement dans l'Antiquité, verticalement au Moyen Age.

  • Le deuxième jour, j'ai découvert que le point commun entre l'écriture gothique et l'architecture gothique est qu'elles se fondent sur des éléments de base (dans les deux cas, des formes verticales allongées) grâce auxquels ont peut presque tout construire.

  • Le troisième jour, j'ai appris qu'un certain type de décor sur les manuscrits, consistant en une série de petits cercles alignée entre deux lignes de filigranes, s'appelle « œufs de grenouille », et que ces œufs de grenouille peuvent être « fertilisés » (ornés d'un point au centre du cercle), mais seulement dans les manuscrits fabriqués dans le nord de la France.

  • Le quatrième jour, j'ai vu sur la première page d'un manuscrit de la Bible à la Bibliothèque Mazarine  les mots du copiste s'adressant à moi : « Lege felix », c'est-à-dire « Lis heureux » (que l'on pourrait traduire par « Bonne lecture ! »).

  • Le cinquième jour, j'ai appris que les cotes des manuscrits de la collection Cotton de la British Library ne portent pas seulement des numéros, mais des noms d'empereurs romains (« Tiberius », « Nero », « Caligula », etc.), parce que Sir Cotton, le premier possesseur de la collection, distinguait ainsi les différentes travées de sa bibliothèque, qui étaient chacune surmontée du buste d'un empereur romain.

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Post-scriptum :
Ce n'est pas par hasard que les manuscrits sur rouleau se lisaient en les déroulant horizontalement dans l'Antiquité, verticalement au Moyen Age. Dans l'Antiquité, c'était le support habituel de tout livre ; or, il est tout simplement plus facile d'enrouler vers la gauche avec la main gauche et de dérouler vers la droite avec la main droite, que de le faire vers le haut et vers le bas. Au Moyen Age, le support habituel des livres est le codex, le livre relié tel que nous le connaissons encore aujourd'hui ; le rouleau est réservé à des usages exceptionnels où il peut être intéressant d'avoir une page unique continue (donc forcément déroulement vertical) : par exemple, des comptes, des chroniques, une généalogie.
Quant aux yeux de grenouilles, on ne sait pas du tout pourquoi les artistes les dessinaient fertilisés dans le nord de la France et pas dans les régions plus méridionales ! Mais cela nous fournit un argument possible pour localiser la production d'un manuscrit (et la dater, car ce type de décor n'apparaît qu'à partir de 1260 environ).

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Cet article ne serait pas complet sans un renvoi au fantastique site internet de l'IRHT :
Les catégories « Bases de données » et « Outils » (actuellement sur la partie gauche de la page d'accueil) vous donnent accès à des bases de données et à des outils entièrement conçus et réalisés par des chercheurs de l'IRHT : bases de textes contenus dans les manuscrits, bases iconographiques, bases sur l'histoire de chaque manuscrit, etc. ; outils comme des dictionnaires de termes utiles, des équivalences entre le calendrier médiéval et le nôtre, etc. 
Le corpus visé est l'ensemble des manuscrits médiévaux du monde entier ; objectif qui est bien sûr loin d'être atteint, mais les bases de l'IRHT sont actuellement les plus riches du monde. Inutile de vous dire que plusieurs chercheurs de l'IRHT travaillent à plein temps à les enrichir, quantitativement et qualitativement, et à rendre de plus en plus pratique et confortable la navigation au sein de ces bases de données et entre elles.
Bonne navigation !


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