vendredi 5 juillet 2013

L'anti-facebook des Romains



C'est le lapsus d'une élève, me parlant de « liste d'amis » au lieu de « liste d'ennemis » qui m'a fait prendre conscience du rapport lointain que l'on pourrait établir entre les « amicales » listes de Facebook et les beaucoup moins amicales listes des proscriptions chez les Romains.
Il s'agit d'une horrible pratique qui eut lieu dans les années troublées des guerres civiles du Ier s. av. JC. Un homme prenait le pouvoir par la force, et il faisait afficher dans tous les lieux publics des listes de noms. Toute personne dont le nom figurait sur la liste pouvait être tué par n'importe qui sans que ce dernier soit accusé de crime. Un moyen simple, rapide et efficace pour éliminer ses ennemis.
Mais de même que les listes de Facebook sont loin de ne contenir que de véritables amis, de même les proscriptions ne contenaient pas que de véritables ennemis. On pouvait avoir un intérêt financier ou politique pour y faire figurer un nom. Ainsi, l'un des premiers plaidoyers de Cicéron, le Pro Roscio, magistralement mis en images par le docu-fiction de la BBC L'Affaire Sextus, montre comment un homme a été rajouté sur les listes de proscriptions du dictateur Sylla uniquement parce qu'un proche de ce dernier espérait récupérer ainsi son héritage! Quand à Cicéron lui-même, il fut sacrifié à l'autel d'une alliance politique, celle d'Octave et d'Antoine : pour sceller cette alliance, chacun d'eux exigea de l'autre qu'il fasse figurer sur leur liste de proscription commune un de ses anciens alliés. Octave sacrifia Cicéron à Antoine, qui n'avait notamment pas apprécié que Cicéron, dans un de ses violents discours contre lui, lui enjoigne en public d'aller cuver son vin (« Edormi crapulam! », Philippiques, "discours II", XII 30)!