vendredi 3 août 2012

Changez de vie, changez le monde : allez à Tarse!


L'Asie Mineure, toujours l'Asie Mineure!...
Je vous avais emmené en Commagène, à l'est, presque dans le continent, à la frontière de la Syrie et de la Mésopotamie, découvrir des statues monumentales et un fascinant écrivain grec, Lucien de Samosate :
Je vous avais emmené sur la côte ouest, en Phrygie à la découverte du roi Midas et en Lydie à la découverte du roi Crésus :
… et aussi en Lydie à l'occasion de la chute de Sardes à cause d'un casque tombé d'une falaise :

Aujourd'hui, c'est sur la côte sud que je vous emmène, en Cilicie, plus exactement dans la ville de Tarse.
C'est une ville qui n'est pas extrêmement célèbre et pourtant on en parle à l'occasion de deux situations célèbres.

En 41 av. JC, Marc Antoine, ancien bras droit de Jules César (assassiné quatre ans plus tôt), rallié bon gré mal gré à Octave contre les Républicains, fait à Tarse la rencontre de Cléopâtre, reine d'Egypte, de la famille macédonienne des Ptolémées. Et c'est un coup de foudre! Quand je parle de coup de foudre, ce n'est pas seulement que des intérêts politiques supérieurs les amenaient à collaborer et qu'en prime ils se sont plu (comme cela avait été le cas plus tôt entre cette même Cléopâtre et Jules César), mais d'après les sources antiques (Plutarque, essentiellement, ainsi que d'autres auteurs grecs et latins) il semble bien qu'il se fût agi d'un véritable coup de foudre. Pourquoi à Tarse? Antoine s'occupait alors de l'Orient de l'Empire romain (tandis qu'Octave s'occupait de l'Occident). Il avait convoqué plusieurs vassaux orientaux de Rome (dont l'Egypte de Cléopâtre) et Tarse, sur la côte sud de l'Asie Mineure, était en quelque sorte un point central de l'Orient, accessible par terre ou par mer.

Quatre-vingt ans plus tard, entre 37 et 40 ap. JC, le juif Saul quitte Tarse, sa ville natale, pour se rendre à Damas et y persécuter les Chrétiens. Sur le chemin de Damas, il a une illumination, la vision de Jésus Christ, se convertit au Christianisme et devient Paul, et même saint Paul. On a surtout retenu de cette célèbre conversion qu'elle avait eu lieu « sur le chemin de Damas », mais on oublie que ce chemin partait de Tarse.

Je trouve le lien entre ces deux histoires très frappant. D'abord, moins d'un siècle s'est écoulé entre les deux événements : il est fort probable que des habitants de Tarse ayant fréquenté Paul aient eu des grand-parents ayant fréquenté Antoine.
Mais surtout, dans les deux cas, une (ou deux) personnes ont eu une illumination qui a radicalement changé le cours de leur vie ; mais pas seulement : aussi le cours de l'histoire mondiale.
S'il n'y avait pas eu de coup de foudre entre Antoine et Cléopâtre, Antoine aurait peut-être été plus réactif face à Octave : l'empire romain aurait été plutôt oriental qu'occidental (c'est la thèse du docufiction « Rêve d'empire » diffusé sur Arte en juin 2011).
Si Paul n'avait pas été converti à la nouvelle secte conduite par Jésus, elle ne se serait peut-être pas autant répandue ; c'est en effet lui l'un des acteurs principaux de l'extension de la religion chrétienne à tout l'Empire romain.

Tous ces points communs et ces grandes histoires donnent envie d'écrire un roman historique qui se déroulerait à Tarse... A suivre...

En attendant, voici le texte de Plutarque : ce sont les chapitres 26 et 27 de la Vie d'Antoine, que vous pouvez lire ici :
Et pour la conversion de Paul, ce sont les Actes des Apôtres, chapitre 9, versets 3-19, ainsi que chapitre 22, versets 6-11. Vous pouvez lire ces passages ici :


En relisant ces deux textes, je constate d'ailleurs un autre point commun, par lequel Cléopâtre a impressionné Antoine comme Dieu a impressionné Paul : c'est une profusion de lumière...