lundi 19 juillet 2010

Le dromadaire psychopompe

Je vous avais informé récemment de la réouverture le 7 juillet des salles de sculpture grecque au Louvre (cf. http://cheminsantiques.blogspot.com/2010/06/dans-les-secrets-de-la-venus-de-milo.html). Naturellement, je n'ai pas tardé à me rendre sur place. J'ai été ravie de revoir mes préférés, parmi lesquels les trois de Praxitèle (ou attribués à, ou copiés de, ces subtilités m'importent moins que la jouissance de la contemplation), Apollon sauroctone (= tueur de saurien, en l'occurrence un lézard), Aphrodite à la pomme et Artémis raccrochant sa tunique : des dieux adolescents, raffinés, gracieux, taillés dans un marbre à paillettes presque translucide. Même la Vénus de Milo m'a semblé moins cruche que d'habitude - est-ce l'éclairage différent (elle est désormais en éclairage naturel, près d'une fenêtre)? est-ce d'avoir lu les propos qui lui ont été attribués (dans le fameux blog)? - et j'ai trouvé son sourire aguicheur d'une beauté troublante...

Mais surtout, j'ai découvert un bas-relief que je ne me souvenais pas avoir jamais vu. Cela fait en effet bientôt quinze ans que je me passionne pour les chameaux, et à peu près autant (et même plus) que je sillonne les salles du Louvre. Il s'agit d'un bas-relief représentant un dromadaire chevauché par une jeune fille aux ailes de papillon :



La légende ne fait qu'épaissir le mystère :
« Relief votif (?) :
Psyché sur un dromadaire
IIe s. av. JC
Alexandrie de Troade (Turquie)
Marbre
La fonction comme l'interprétation de ce relief ne sont pas certaines. Psyché aux ailes de papillon montée sur un dromadaire pourrait symboliser le voyage de l'âme vers le monde des Bienheureux. »

En grec, l'âme se dit « psyché » ; elle est souvent personnifiée sous la forme d'une jeune fille, surtout dans le très beau récit d'Apulée racontant l'histoire d'Eros (l'Amour) et Psyché, mais ce récit est postérieur de quatre siècles à notre bas-relief, et il n'y est par ailleurs jamais question d'un voyage en chameau (le narrateur y est un âne, mais c'est une autre histoire!).

Dans la mythologie grecque, l'épithète « psychopompe » (= « conducteur d'âmes ») était souvent attribuée au dieu Hermès, quand il a pour fonction de conduire les âmes de ceux qui viennent de mourir vers le monde des morts.

Dans l'article de Wikipédia consacré au mot « psychopompe », je lis que les divinités psychopompes « sont souvent associés avec des animaux tels que les chevaux, les phoques, les corbeaux, les chiens, les chouettes, les moineaux ou encore les dauphins. »

Eh bien il va falloir y ajouter le chameau! Je pense en effet qu'il n'y a pas de plus belle monture pour parvenir au monde des Bienheureux, au rythme lent et tranquille de son pas sûr et chaloupé.

vendredi 9 juillet 2010

Mythologie à la sauce US

J'ai lu récemment le premier tome d'une série pour la jeunesse (qui a aussi inspiré un film sorti cette année que je n'ai pas vu) : il s'agit des aventures de Percy Jackson, par l'auteur américain Rick Riordan. L'idée de départ est savoureuse : les dieux de la mythologie grecque existent toujours et ils continuent à flirter avec des mortels et à engendrer des demi-dieux, et l'histoire suit ces demi-dieux, adolescents d'aujourd'hui des États-Unis, et notamment un, Percy (en fait Persée) Jackson, fils de Poséidon.

Je dois l'avouer : je ne trouve pas ce livre franchement bien écrit (et de plus, pas très bien traduit non plus : on sent les anglicismes), ni bien construit (je devinais toujours ce qui allait se passer au moins trois chapitres avant les personnages : à la longue, c'est un peu lassant!), mais... il est vraiment très drôle. Même si je ne crois pas que j'aurai le courage de me lancer dans les tomes suivants de la série, je me suis bien amusée en lisant ce premier tome.

Ainsi, le héros est, comme beaucoup d'adolescents d'aujourd'hui, dyslexique et hyperactif. La raison en est simple : les demi-dieux sont programmés pour lire le grec ancien (d'où la dyslexie!) et pour participer à des batailles sur le terrain (d'où l'hyperactivité!). Rassurant, non, de se dire que tous nos jeunes dyslexiques ou hyperactifs cachent sans doute une ascendance aussi prestigieuse!
Autres perles : la Gorgone Méduse tient un magasin de nains de jardin (qui sont en fait les gens qu'elle a pétrifiés!) et Procuste tient un magasin de matelas à eau (et encourage vivement ses clients à essayer ses matelas, pour ensuite ajuster leur taille (des clients, pas des matelas!)
Enfin, un des passages qui m'a le plus fait rire, mais au deuxième degré, cette fois, car je ne m'attendais pas à trouver dans un ouvrage pour la jeunesse et sur la mythologie grecque ce trait d'esprit propre à beaucoup d'Américains qui pensent que leur nation est le centre du monde. L'un des personnage explique très sérieusement que le palais du mont Olympe s'est déplacé dans l'histoire pour être toujours « avec le cœur de l'Occident » (il faudrait que l'on m'explique ce que signifie cette expression, et aussi « l'Occident », d'ailleurs, car les dieux grecs, sont plus orientaux que Rick Riordan ne semble le croire!) : d'abord en Grèce, il s'est ensuite déplacé à Rome, puis en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, et maintenant il est à New York, au-dessus de l'Empire State Building, car « à l'heure actuelle, les États-Unis sont le fer de lance de l'Occident »...