jeudi 28 janvier 2010

Le chameau et la courtisane

Ah! Les délices d'un dictionnaire feuilleté au hasard!... En me promenant dans les sentiers fleuris du Gaffiot, je suis tombée sur une curieuse plante, le schoenus.


Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir deux mots que je ne connaissais pas et manifestement de la même famille!

  • schoenicula : courtisane de bas étage

  • schoenuanthos : herbe à chameau


Comme vous le savez peut-être, le chameau est mon animal fétiche ; je dresse donc toujours l'oreille ou l'œil dès qu'il en est question, et là, j'ai trouvé curieux et amusant de le voir associé à une courtisane de bas étage.


En regardant plus attentivement, j'ai compris que le point commun était le schoenus (du grec « schoinos »), c'est-à-dire le jonc. Le « jonc fleuri » (c'est ainsi que je comprends « schoenuanthos ») devait être particulièrement apprécié des chameaux, tandis que la courtisane de bas étage se parfumait au schoenus, un parfum bas de gamme (si schoenus = « jonc », schoenicula pourrait se traduire littéralement par « jonchette »).


Finalement, la relation entre les deux est plus proche qu'il n'y paraît : chameau et vulgaire courtisane sont enveloppés dans le même mépris. Le schoenus est bien bon pour eux, contrairement aux végétaux plus raffinés que consomment les animaux plus nobles ou qu'utilisent en parfum les courtisanes plus chics!


jeudi 14 janvier 2010

Des livres très lourds

Le IXe siècle est une période florissante pour la civilisation arabo-musulmane, dont le centre est à Bagdad, en actuelle Irak. Le calife Al Mamoun, fils du célèbre Haroun al Rachid, est un souverain éclairé qui fait construire une « Maison de la Sagesse » (« Bayt al Hikma »), qui est à la fois une bibliothèque, une université, et un centre de traductions.

  • Hounayn Ibn Ishaq (806-873) est un médecin chrétien qui a entrepris la traduction de textes grecs (de Platon, Aristote, Hippocrate, et d'autres) vers le syriaque (sa langue maternelle, une langue sémitique dérivée de l'araméen et parlée par les Chrétiens d'Orient) et vers l'arabe. Al Mamoun était tellement satisfait de ses traductions qu'il lui accordait le poids en or de tout livre traduit en arabe!
  • Al Jahiz (776-868) est le plus grand écrivain arabe. Il a écrit sur tous les sujets possibles et imaginables (sciences, histoire, grammaire, techniques...). Une célèbre légende raconte qu'il est mort dans l'écroulement de sa bibliothèque.

J'aime beaucoup ces deux histoires, même si la deuxième a eu une conséquence tragique. A cette époque, un livre, c'était quelque chose : ça se soupesait, ça se touchait, ça se sentait. Ce n'était pas un vulgaire livre de poche qu'on oublie au fond d'un sac ou qu'on perd dans le métro, et encore moins un immatériel « e-book »! De nos jours, Hounayn aurait vécu dans la misère. Et Jahiz aurait eu la vie sauve, mais il faut bien mourir quand même, et finalement la mort qu'il a eue n'était-elle pas la plus belle?