mercredi 27 octobre 2010

Tom et Léa sauvent le patrimoine de l'Humanité

Après Percy Jackson (cf. http://cheminsantiques.blogspot.com/2010/07/mythologie-la-sauce-u.html), me revoilà dans la littérature de jeunesse, à nouveau d'origine américaine, mais pour les plus jeunes. Il s'agit de la série « La cabane magique », découverte grâce à ma fille. Cette série a actuellement un grand succès si j'en juge par sa présence non seulement dans les rayonnages des librairies, mais aussi dans ceux des magasins de presse et des hypermarchés!

L'idée de départ est simple et séduisante. Les héros, Tom et Léa (un frère et une sœur de 9 et 7 ans), voyagent dans le temps et dans l'espace grâce à une cabane magique (dirigée par la fée Morgane, qui prend elle-même ses ordres de l'enchanteur Merlin) et à des livres. Dans chaque tome de la série, ils sont investis d'une mission, en général sauver un livre ou une œuvre d'art importants pour l'Humanité, et doivent résoudre des énigmes pour y parvenir.

Le résultat n'est toutefois pas tellement à la hauteur. L'écriture est assez pauvre (tout est d'ailleurs rédigé au présent, ce que je trouve assez bizarre) et les rebondissements largement prévisibles (peut-être pas par les lecteurs de l'âge ciblé, il est vrai, mais j'aime qu'on soit ambitieux dans la littérature de jeunesse). Enfin, dans les premiers tomes, écrits à la fin des années 1990, les apports culturels se limitent à quelques grands clichés connus du grand public. En revanche, je le reconnais, l'auteure (Mary Pope Osborne) a bien évolué et les derniers tomes (beaucoup plus longs, d'ailleurs), écrits ces dernières années, sont construits sur une intrigue plus complexe et contiennent des apports culturels beaucoup moins évidents.

Je vous parlerai ici des trois tomes qui concernent mes sujets de prédilection – tiens, d'ailleurs, Tom et Léa ne sont pas encore allés en Mésopotamie! Cela viendra peut-être... - : les Romains avec Panique à Pompéi (1998), la Grèce antique, avec Course de chars à Olympie (1998) et l'âge d'or du monde arabo-musulman avec Tempête de sable (2007).

Dans les deux premiers, Tom et Léa sauvent un livre racontant une légende, à Olympie celle de Pégase (dont le nom est orthographié en grec au début du roman (avec une erreur sur la graphie du êta majuscule!) : cela est censé susciter un suspense insoutenable, sauf que quand on lit le grec (je sais, je sais, c'est rare chez les lecteurs de l'age ciblé!), on sait tout de suite le mot de la fin!) et à Pompéi, celle d'Hercule (« vir fortissimus in mundi » : là encore j'ai assez vite deviné qui était « l'homme le plus fort du monde »!).

Le passage qui m'a le plus fait rire (de consternation!) est la rencontre de Tom et Léa avec Platon dans Course de chars à Olympie :

Tous deux se dirigent vers l'entrée du bâtiment, quand une voix les interpelle:
- Attendez!
Ils se retournent. Un homme à barbe blanche marche vers eux.
- Bonjour, dit-il en regardant la petite fille. Qui êtes-vous?
- Et vous? réplique Léa, agressive.
Le barbu sourit :
- Je me nomme Platon.
- Platon? répète Tom. Votre nom me dit quelque chose...
- Peut-être avez-vous entendu parler de moi. Je suis philosophe.
- C'est quoi, un phiso... un philosophe? lui demande Léa.
- Un homme qui recherche la sagesse.
- Waouh! fait la petite fille, impressionnée.
Cela fait rire Platon.


Lequel Platon est ensuite présenté comme un fervent féministe, ce qui est totalement anachronique! Mais surtout, je trouve cette grande figure un peu ridiculisée dans son rôle de barbu de passage!

Il en va tout autrement de Tempête de sable. Vous vous souvenez de mes récents articles sur la transmission des sciences grecques (notamment des ouvrages d'Aristote) aux Arabes des VIIIe-IXe s., lesquels les ont ensuite retransmis à l'Europe occidentale :
cf. « Des livres très lourds » : http://cheminsantiques.blogspot.com/2010/01/des-livres-tres-lourds.html
cf. « Les Grecs, les Arabes et nous » : http://cheminsantiques.blogspot.com/2010/05/les-grecs-les-arabes-et-nous.htmlcf. « Pensée grecque, culture arabe » : http://cheminsantiques.blogspot.com/2010/08/pensee-grecque-culture-arabe.htmlQuelle ne fut pas ma surprise de voir que c'est ce sujet – pour le coup beaucoup plus pointu que l'éruption du Vésuve à Pompéi ou que les Jeux d'Olympie! - qui est traité par Mary Pope Osborne dans ce roman! Et évidemment, vous avez deviné à qui nous devons la transmission des écrits d'Aristote (lesquels semblent tenir tout entiers en un petit livre, ce qui est curieux quand on sait quel auteur prolifique c'était, mais passons!) au calife al-Mamoun... Eh oui, à Tom et à Léa, bien entendu!

Mais ici, malgré quelques inévitables clichés (chameaux, palmiers, tapis volant (tiens! un tapis volant, encore un : cf. « Le mystère des tapis volants » http://cheminsantiques.blogspot.com/2008/04/le-mystre-des-tapis-volants.html)), le récit est bien documenté, et le personnage du calife al-Mamoun est traité avec splendeur, bien loin du ridicule du pauvre Platon.

Enfin, je dois dire que j'apprécie qu'en 2007, alors que les troupes américaines occupaient une Bagdad effrayante livrée à la guerre civile, une auteure américaine ait choisi d'évoquer dans un ouvrage pour enfants une Bagdad magnifique, porteuse de culture et de sagesse...

1 commentaire:

  1. C'est éclectique en tout cas... J'ai regardé la liste : Indiens, Mont Fuji, Vinci, dauphins, kangourous... On pourrait faire des suggestions à l'auteur : Astrée et Céladon, L'éléphant face au chameau, le crumble aux poires...

    RépondreSupprimer